Distillerie du St. Laurent

Du fleuve à la bouteille

À l’origine de cette distillerie, deux passionnés de spiritueux qui ont personnalisé leur gin en lui donnant un petit parfum iodé venu du fleuve. Un gin marin qui fleure bon le terroir d’ici, et qui voyage même à l’étranger.

Distillerie du St. Laurent

Deux amoureux du fleuve ont décidé de se lancer dans la fabrication de spiritueux sur les bords du Saint-Laurent pour leur côté mystérieux et magique, et surtout pour leur goût. L’un était architecte naval, l’autre réalisateur et metteur en ondes à Radio-Canada. Les chemins de Jean-François Cloutier et Joël Pelletier se sont croisés grâce à leur passion commune pour les spiritueux… ou plutôt grâce à la femme de Jean-François, une collègue de Joël.

«Quand on se voyait, on s’apportait des bouteilles, on échangeait sur l’histoire des spiritueux au Québec», se souvient-il. Depuis, cette amitié et cette passion commune ont donné naissance à la Distillerie du St. Laurent. Jean-François est devenu le capitaine de production, Joël, l’amiral de la marque. Chaque année, depuis la création de leur entreprise en 2015, 68 000 bouteilles de gin sont produites dans leurs alambics installés à Rimouski, et ils devraient bientôt commercialiser du whisky.


Par des Québécois, pour les Québécois

Leur gin est vendu à 95% au Québec. «On a créé un gin fait par les Québécois, pour les Québécois. Mais on est aussi heureux d’être présent ailleurs», confie Joël. En Ontario, mais aussi en France, en Suisse et en Allemagne, leur élixir a trouvé preneur. «Nous sommes en discussion pour en vendre au Danemark, aux Philippines, en Afrique du Sud et en Belgique. En juin, on sera présent en Nouvelle-Écosse. On fait affaire avec des petits distributeurs», explique le distillateur.

Les deux alchimistes éthyliques, comme ils aiment se faire appeler, font partie des premiers à avoir remis au goût du jour les spiritueux au Québec. «Ils ont longtemps eu mauvaise presse après la prohibition. On disait que ça rendait aveugle, de boire des spiritueux. Puis le marché a commencé à se développer aux États-Unis», raconte le jeune entrepreneur. C’est donc là-bas qu’il a décidé de se former en 2013. «On m’a demandé s’il y avait des distilleries au Québec. Je me suis rendu compte qu’il y en avait très peu et que c’était le moment de se lancer.»

Pendant qu’il apprenait les bases de cette science de la patience, son acolyte construisait un alambic dans son sous-sol, «pour essayer de distiller des huiles essentielles». L’aventure a ensuite débuté avec le gin. «On rêvait pourtant de faire du whisky avec des céréales du Québec, mais ça prend des reins solides pour se lancer là-dedans. Il nous fallait un produit qui n’a pas besoin de vieillir, et le gin est prêt en 10 jours», poursuit le distillateur.


Le fleuve, source d’inspiration

La simplicité abondant largement le marché, les deux compères ont décidé d’apporter une touche en plus à leur élixir. «On voulait s’éloigner du gin conventionnel et de son goût sapiné, on voulait aller vers quelque chose de plus audacieux. C’est un alcool assez neutre, alors on a décidé d’y ajouter un élément marin, un côté salin qui n’est pas commun pour du gin», dit Joël. En bouche, le gin de la Distillerie du St. Laurent dégage des arômes poivrés, citronnés et herbacés. Et en fin de note, on retrouve en effet un petit goût salé.

Cet élément iodé, ils le trouvent dans le lit du Saint-Laurent. Après plusieurs tentatives infructueuses, ils ont finalement trouvé l’ingrédient qui allait sublimer leur spiritueux: «On a choisi d’utiliser la laminaire, une algue peu connue au Québec, mais très répandue au Japon.» Le fleuve leur a donc donné leur ingrédient signature, mais aussi leur nom. «On est tous les deux nés là, avec cet air salin, ça fait partie de nous. Le Saint-Laurent, c’est un peu la raison d’être du Québec, c’est ce qui a amené les explorateurs à venir ici. Le fleuve, c’est aussi ce qui relie tous les Québécois», lance Joël.

C’est le Saint-Laurent encore qui est la source d’inspiration des étiquettes qui embrassent leurs bouteilles. «On voulait que notre produit soit aussi bon que beau. Aujourd’hui, les gens achètent d’abord avec les yeux. On aime ce qui se passe dans l’eau, alors on est parti dans cette direction.» Dans la tête des deux patrons germe l’idée d’étiquettes inspirées des voyages de Jules Verne et des bêtes aquatiques mi-hommes, mi-poissons. Résultat: des étiquettes vintage, qui pourraient se retrouver sur la couverture de Vingt mille lieues sous les mers.

Fumé à l’érable

Maintenant que leur entreprise carbure, ils se sentent prêts pour lancer leur whisky. «C’est bien de boire du whisky d’Écosse, du cognac de France… mais nous, on se demandait toujours ce que ça pouvait bien goûter le whisky d’ici, fait avec des céréales du Québec, et laissé plusieurs années dans des barils qui connaissent parfois du -20 °C. Il y a tout un terroir qui n’est pas encore utilisé sur ce plan-là au Québec», explique le distillateur.

Avec ambition, les deux alchimistes ont même décidé de produire deux sortes de whisky: un bourbon inspiré de la recette américaine, fait avec du maïs, du seigle et de l’orge, et un single malt, de type écossais, fait d’orge malté. Et qui dit Québec dit aussi érable. Les deux distillateurs ont donc décidé de fumer les grains utilisés pour la fabrication de leur whisky avec du bois d’érable, dans un fumoir à poisson. Lorsque terre et mer se rencontrent…

De temps en temps, l’impatience taraude les deux hommes, qui osent ouvrir un baril, histoire d’en humer le parfum et d’en boire une lichée. «On est super satisfaits. C’est prometteur», assure Joël. À l’aube de sa trentaine, le distillateur se réjouit déjà de «vieillir en même temps» que son whisky. Rendez-vous le 5 octobre 2020, quatre jours avant sa fête, pour le goûter lorsqu’il sera arrivé à maturité.