La pêche au saumon

L’héritage de la rivière

Il y a des matières qui ne s’enseignent pas à l’école. Pour les apprendre, il faut se lever tôt, chausser ses bottes, fabriquer ses appâts et s’enfoncer en forêt avec un guide expérimenté. C’est ainsi que, depuis la nuit des temps, le savoir-faire des guides en rivière se passe de génération en génération.

La pêche au saumon

«Les plus belles rivières à saumon au monde se trouvent en Gaspésie.» C’est ce que vous diront tous ceux qui pratiquent la pêche à la mouche en arpentant les sinuosités sauvages et intactes des majestueux cours d’eau de la Baie-des-Chaleurs. Il suffit d’avoir fréquenté un tant soit peu les rivières qui abreuvent ce magnifique et vaste territoire pour s’en convaincre. C’est là, principalement sur les rivières Bonaventure et Cascapédia, que Jean-Philippe Tessier exerce son métier de guide de pêche. Cet ancien professeur qui a grandi sur le bord d’un lac, en Mauricie, a bourlingué avant d’installer ses pénates en Gaspésie, où il habite avec sa femme et ses deux enfants. Après avoir vécu dans l’Ouest canadien et séjourné au Japon, où il a enseigné, il a troqué les salles de classe pour un autre lieu, à ciel ouvert celui-là, où la transmission du savoir est au cœur de son activité quotidienne.

À Cascapédia-Saint-Jules, le petit hameau de 741 habitants qui est désormais son port d’attache, Jean-Philippe a fait le choix de la simplicité volontaire pour vivre en harmonie et faire corps avec la nature. À 37 ans, celui qui dit n’avoir jamais été motivé par l’argent et la gloire se consacre «à la recherche de moments magiques». Il vit en équilibre avec la nature qui l’entoure et élève ses enfants pour qu’ils prennent pleine conscience de la beauté de leur immense terrain de jeu. Guide de pêche à temps plein depuis cinq ans, Jean-Philippe a fait son apprentissage auprès de David Bishop, un guide de pêche réputé originaire des États-Unis, qui s’est installé au Québec en 1991 et qui œuvre comme guide de pêche au saumon depuis plus de vingt ans. Jean-Philippe a passé deux ans avec David avant de se lancer seul à son compte. «J’ai appris mon métier des plus vieux guides, mais j’ai aussi appris d’eux l’importance du transfert des connaissances. Sur la rivière, il se développe une fraternité entre les guides. On apprend les uns des autres.» Et quand un plus jeune arrive dans le paysage, animé de la même passion, les plus vieux se font naturellement un devoir de l’aider.

C’est cette communauté d’esprit et de solidarité qui a mené Jean-Philippe Tessier et cinq autres guides à créer en 2018 Guide Co-op Gaspésie, un regroupement de guides indépendants «ayant en commun le désir de créer une expérience de pêche authentique [suivant] la méthode traditionnelle de navigation de longs canots à la pôle». Si on imagine aisément que le métier de guide en est essentiellement un solitaire, les choses tendent à changer. «Nous avons une agente qui nous aide à gérer les demandes, à nous faire connaître auprès de la clientèle. La nature de notre métier fait que nous sommes souvent difficiles à joindre. Grâce à la coop, nous sommes mieux organisés.» La coop est aussi un exemple concret des liens intergénérationnels qui unissent les guides dans cette philosophie de partage qui leur est si chère.


Le plein air mis en lumière

Il y a quelques années, Jean-Philippe a croisé sur la rivière Fred Campbell et ses acolytes, qui étaient munis non seulement de leurs cannes à pêche, mais aussi de leur caméra. Cette première rencontre, fortuite, changera non pas le cours de l’eau, mais le cours des choses. Fred Campbell est à l’époque patron d’une agence créative, Fokus. Pour ce passionné de pêche et de plein air, l’idée de mettre en valeur le travail des guides s’impose. «Je voulais jumeler mes deux passions. Mon entreprise allait bien, mais j’avais envie de changer mon modèle d’affaires pour faire découvrir le territoire et donner une tribune à ceux qui l’habitent et l’animent.»

Contre l’avis de tous, il décide de réorienter son agence installée à Québec vers le plein air et crée Fokus Outdoor, qui donnera lieu au projet Hooké. «Tous ceux à qui j’en parlais me disaient que ce ne serait pas viable, qu’il n’y avait pas de marché pour le type de produits que je souhaitais offrir.» Aujourd’hui, les émissions sur la pêche qui sont produites par Hooké sont diffusées dans 165 pays, notamment grâce à Unis TV, qui a cru au projet et a pris le risque de le diffuser, et à TV5 Monde, qui a emboîté le pas. Hooké, qui compte 13 employés, produit aujourd’hui, en plus de ses émissions de télé, un magazine et une collection de vêtements durables au look passe-partout, qu’on peut porter autant dans le bois que dans la vie de tous les jours et que les adeptes de la marque s’arrachent partout au Canada, en Suède et en Amérique du Sud. Hooké, c’est l’histoire à succès d’une marque inclassable qui ne se dément pas, avec un taux de croissance de plus de 100% par année.

«Je voulais créer une communauté, démocratiser [la pêche au saumon] et faire la promotion des saines pratiques. Je voulais qu’on devienne le porte-étendard des gens qui ont porté nos traditions et qui méritent d’être connus et reconnus. Je voulais contribuer à valoriser un métier. On a pris des gens a priori ordinaires et on a mis en lumière leur engagement, leur travail, leur passion. Jean-Philippe Tessier est de ceux-là. Un gars authentique, qui travaille fort, qui communique bien sa passion.» Les millions de gens qui suivent la série d’émissions Hooké partout dans le monde savent maintenant qui sont les Jean-Philippe Tessier, Marc Leblanc et tant d’autres.

À l’ère où le monde est à la portée de presque tous les voyageurs, à l’ère où l’on rêve de découvrir la planète, oublierait-on ce qui se trouve dans notre cour? «On a tourné un peu partout dans le monde, on a vu de magnifiques endroits, mais je te confirme que les plus belles rivières à saumon sont chez nous, en Gaspésie.»

Le travail de Fred Campbell et de son équipe témoigne d’un rare souci du détail. La qualité tant des images que du contenu de leurs émissions, qui racontent des histoires de gens et de territoires, en font des documents qui intéresseront bien plus que les seuls passionnés de pêche au saumon.

Dans une vidéo tournée par Fokus pour présenter Guide Co-op Gaspésie, les mots du guide Marc Leblanc résonnent longtemps en nous après les avoir entendus: «La culture, le savoir, il faut les transmettre. Parce que si on ne les transmet pas, ça disparaît avec nous et ça ne sert à rien.»

Cliquez ici pour découvrir la série Hooké diffusée sur la chaîne Unis TV.

Avec des émissions tournées et réalisées aux quatre coins du pays, Unis TV offre une programmation authentique, qui présente les lieux et les gens de chez nous. La chaîne est incluse dans le forfait télé de base de tous les télédistributeurs.