La Ferme des Quatre-Temps

La ferme de l’avenir

Située à Hemmingford, la Ferme des Quatre-Temps a été lancée par André Desmarais pour montrer un nouveau modèle d’agriculture. À sa tête, l’écrivain et chantre de la microferme maraîchère bio, Jean-Martin Fortier, qui a ainsi propulsé la Montérégie dans l’agriculture mondiale.

La Ferme des Quatre-Temps

«André Desmarais est venu me voir en 2015.» La Ferme des Quatre-Temps a commencé comme ça, par une rencontre inattendue. Inattendue, car «quand on veut faire la révolution, on ne travaille pas pour les riches!», rigole Jean-Martin Fortier. Mais le milliardaire l’approchait avec un beau projet: celui de lancer une ferme holistique d’agriculture régénératrice… Une ferme du futur. Desmarais avait déjà mis l’agriculteur et chercheur américain Eliot Coleman sur l’élaboration du projet. Ce dernier oriente alors le milliardaire vers Jean-Martin Fortier. «Eliot m’a encouragé à le rencontrer, raconte le jeune fermier. Il se faisait vieux pour gérer cette ferme, donc il m’a poussé à la prendre en main.»

Quand Jean-Martin voit le projet, il constate que c’est exactement ce qu’il fait pour sa propre ferme maraîchère, les Jardins de la Grelinette à Saint-Armand. «Mais là, on me proposait un plus grand terrain de jeu!» Il laisse alors la gestion de ses jardins à sa conjointe et se fait embaucher à Hemmingford. Depuis, l’équipe a grandi, jusqu’à atteindre aujourd’hui dix personnes affectées aux légumes, trois aux animaux, une à l’administration et une à la cuisine. Ici, les travailleurs sont engagés pour deux saisons. «Je cherche des profils de réussite, pas forcément dans le domaine de l’agriculture, précise Jean-Martin. Je suis surtout intéressé par des gens qui sont super bons et que je vais pouvoir former à ma manière. C’est plus la personnalité qui vient me chercher que l’expérience…»

Montrer qu’on peut faire autrement

Les grandes lignes du projet étaient dressées, et depuis l’équipe s’ajuste et s’améliore au fur et à mesure. Ils ont notamment comme projet de faire des légumes en hiver. «On est à la troisième saison de production. Cette année, on travaille sur les fleurs coupées. À la cinquième saison, on arrivera à maturité, avance Jean-Martin. Ici, on ne réinvente pas l’univers, mais on veut montrer que le bio c’est beau, que c’est aussi beaucoup d’efforts. On veut montrer à la communauté agricole qu’on peut faire autrement. On veut montrer aussi qu’il y a des jeunes motivés dans le domaine.»

Le but? «Changer la société», tout simplement, en formant des gens qui lanceront ensuite leurs propres fermes sur le même modèle. Deux anciens membres de l’équipe de Jean-Martin ont d’ailleurs lancé leur projet, La Fermette. On pourra suivre leur quotidien dans la deuxième saison de l’émission d’Unis TV Les fermiers, qui documente le travail de producteurs agricoles pendant une dizaine d’épisodes. La première saison, diffusée ce printemps, portait d’ailleurs sur les Quatre-Temps et son équipe. L’occasion de découvrir à l’écran les coulisses de cette ferme du futur…


Si Jean-Martin a de l’expérience en maraîchage bio – ses Jardins de la Grelinette existent depuis plus de 15 ans –, il confie avoir réappris un nouveau métier à la Ferme des Quatre-Temps: «J’ai découvert plein de choses, comme gérer une grosse équipe, etc. J’ai l’impression que je ne connaissais rien avant d’arriver.» Le grand changement par rapport à sa précédente ferme, c’est qu’ici il ne gère pas les finances. Un aspect plutôt reposant qui lui permet de se consacrer entièrement au maraîchage: «Je n’ai plus à me préoccuper juste de ma survie, donc je peux voir au-delà…»

Mission sociale

Prévoir, se projeter, anticiper, car il n’y a pas d’autre modèle à regarder; il n’y avait en effet aucun projet de ce genre en maraîchage bio avant au Québec. L’agriculteur prévoit que la Ferme des Quatre-Temps deviendra rentable d’ici l’année 5, pendant laquelle elle devrait être capable de générer des profits. Car en attendant, c’est André Desmarais qui paie les pertes. «Certains veulent le démoniser, mais quand on a de l’argent, financer ça au lieu de s’acheter un terrain de golf, c’est beau. Je trouve ça fantastique même», confie Jean-Martin.

Bien qu’au départ la ferme a pu être accueillie avec beaucoup de scepticisme, aujourd’hui elle remplit bien son rôle, assure le fermier. Un rôle qui comprend notamment une mission sociale, celle du partage des connaissances. L’équipe de la Ferme des Quatre-Temps fait en effet beaucoup de transfert technologique en produisant et partageant des documents techniques. La porte est aussi ouverte pour faire visiter l’exploitation aux agriculteurs de l’extérieur. «C’est une très belle aventure, et c’est important de partager ça. Ça crée un engouement», s’enthousiasme Jean-Martin.

Les documents sont tous en français, mais l’auteur du Jardinier-maraîcher dispense aussi des cours en ligne en anglais à des étudiants de 40 pays différents. En plus de son travail quotidien à la Ferme des Quatre-Temps, Jean-Martin donne six à sept conférences annuelles dans le monde, et on a pu aussi l’écouter parler de permaculture et de bio sur le plateau de Tout le monde en parle en mars dernier. Bref, la révolution agricole est en marche.