Adélard

Pour l’amour de l’art et de la communauté

Voyageur, amoureux des arts, homme convaincu de la bonification de l’éducation par la culture et de la richesse des rencontres humaines, Sébastien Barangé a eu envie d’allier tout ce qui le faisait vibrer pour fonder un endroit invitant au dialogue entre artistes et citoyens. Ainsi est né Adélard, un superbe centre d’art visuel immersif planté au cœur du village de Frelighsburg. 

Adélard

« Le jour de l’inauguration en 2019, nous avons dit que nous étions là pour au moins 100 ans », lance en riant Sébastien Barangé. C’est dire la vision de l’équipe derrière ce cher Adélard, ce beau projet dont il est président et cofondateur.

Il est vrai que le cachet et l’atmosphère authentique et chaleureuse de cette ancienne grange des années 1800 donnent envie de s’y attarder longtemps. C’est ce que font les habitants du village, les visiteurs, les jeunes qui y suivent des ateliers créatifs et les artistes professionnels qui y sont en résidence pendant six semaines.

« Adélard est né par amour de l’art et par amour pour la communauté de Frelighsburg, explique le Montréalais qui possède un chalet dans ce village estrien depuis plus d’une décennie. Notre mission, notre devise, est vraiment de rapprocher les artistes et les citoyens. »

photo courtoisie Adélard

Huit forces vives

C’est notamment en voyageant dans de petits villages aux riches vies culturelles du Vermont et de la Nouvelle-Angleterre que l’idée de créer Adélard a germé.

« Nous voyions des centres, des résidences d’artistes et des galeries d’art. Des lieux inspirants souvent installés au milieu de la campagne, transformant les communautés de façon positive. Nous nous sommes dit : “pourquoi ne serions-nous pas capables de faire ça au Québec ?” Nous avions l’idée de faire quelque chose dans le village, avec la communauté, et de faire une proposition qui serait aussi pour les artistes ; leur offrir un lieu de résidence artistique que nous avons appelé Immersion. »

Ce « nous », ce sont les huit têtes formant le conseil d’administration d’Adélard, que le cofondateur surnomme « les forces vives ». Le groupe est composé de gens aux âges variés très impliqués dans la région, portés par une envie commune de proposer une nouvelle offre culturelle dans ce village cher à leur cœur. Il s’agit de Ludovic Bastien, entrepreneur derrière le café-spectacle Beat & Betterave ; de Régis Boussion et d’Anick Jobin, architectes et ingénieurs paysagistes à la barre du marché fermier de Frelighsburg ; de Christine Doyon, travailleuse culturelle en cinéma ; de Manuela Goya, vice-présidente, Développement de la destination et Affaires publiques à Tourisme Montréal ; de Laurence Harnois, associée de la Ferme Les Carottés ; de Laurence Levasseur, entrepreneure agricole de la Ferme Selby ; et de Franck Michel, gestionnaire culturel ayant agi à titre de mentor dans ce projet, car il est l’un des créateurs de la résidence d’artistes Est-Nord-Est installée à Saint-Jean Port-Joli depuis maintenant 25 ans.

Sébastien Barangé par Mike Patten

 

Les valeurs d’Adélard

Grâce à l’implication bénévole du groupe et au soutien « extraordinaire de la municipalité », Adélard a pu ouvrir ses portes au public en mai 2019.

« Nous voulions que le nom soit très proche des gens, explique celui qui, en semaine, est vice-président aux communications du Groupe CGI. L’idée était que les gens disent : “Vas-tu boire un verre chez Adélard samedi soir ?”, qu’il y ait un ancrage très local. Nous avons trouvé un personnage important du coin : l’ancien premier ministre Adélard Godbout, qui y a habité longtemps et qui est le père de l’agronomie, de l’agriculture et de la pomiculture dans la région. Comme ses idées très progressistes rejoignent les nôtres, nous avons décidé de lui faire un petit clin d’œil. »

Ça bouge chez Adélard, et pas que le samedi soir. Ouvert pour le moment de mai à octobre (la grange n’est pas encore chauffée, mais ça viendra), l’endroit organise des expositions, des rencontres inspirantes avec les artistes en résidence et des activités de création destinées aux élèves et à la population générale (le samedi matin). Un programme éducatif entier sera d’ailleurs bientôt proposé gratuitement aux écoles.

« J’ai vu le pouvoir que les arts et la culture ont sur les jeunes, comment ça peut transformer des vies, qu’il y a moins de risque de décrochage et de meilleurs résultats scolaires quand nous sommes exposés à des activités culturelles à l’école, raconte Sébastien Barangé. Ça m’a beaucoup aidé personnellement de faire de la musique et du théâtre à l’école lorsque j’étais enfant. C’est aussi pour ça que nous avons créé Adélard et que nous mettons vraiment l’accent sur les activités éducatives. »

Atelier de façonnage de la terre

Ces créateurs ouverts à la rencontre avec les jeunes sont des artistes professionnels ayant fait parvenir une proposition qui devait être ancrée dans le territoire et dans une idée de dialogue avec la communauté du village estrien de 800 habitants. Sur les 40 projets reçus l’an dernier, ce sont ceux de Loren Williams, de Yen-Chao Lin et de Valérie Potvin qui ont été retenus. En 2020, en plus de ce nouveau trio de créateurs québécois, Adélard accueillera un artiste marocain dans le cadre d’un accord d’échange Québec-Maroc.

Des rencontres déterminantes

À Frelighsburg, les habitants se laissent désormais aller au contact. « Les barrières tombent, dit Sébastien Barangé. Les gens n’en reviennent pas qu’il se passe ça dans leur village. Chaque fois qu’un artiste arrive, nous faisons une rencontre pour l’accueillir et nous invitons tout le village. À la fin de son séjour de création, l’artiste présente le bilan de son travail. Nous discutons avec les gens, nous buvons une bière, il y a de la musique ; ce sont de beaux moments de rencontres, de partage et d’échange. »

La venue d’Adélard dans la région se fait sentir de belle manière. Frelighsburg voit de plus en plus de touristes lui rendre visite et passer plus de temps dans son village. Un nouveau genre de tourisme se développe doucement. « Notre impact est au niveau de la culture, des jeunes et de l’éducation. Nous apportons une offre culturelle professionnelle et de qualité dans la région. Les gens disaient que c’est quelque chose qui manquait au village. »

Exposition des oeuvres de Jocelyn Philibert (2019)

 

Lorsqu’on demande au cofondateur d’Adélard ce qui le rend le plus fier dans toute cette aventure, il répond que cela se traduit dans une photo. Celle de petites filles du village regardant avec des yeux subjugués les œuvres qu’elles avaient elles-mêmes confectionnées lors d’une activité avec l’artiste Loren Williams.

« Ça résumait à la fois l’émerveillement chez les enfants devant l’art et l’idée que nous pouvions nous dire “mission accomplie”, explique-t-il avec émotion. Ce genre d’image est un peu la récompense de tous nos efforts. »