Vallée Bras-du-Nord

La vallée aux grandes ambitions

Vallée Bras-du-Nord est une adresse incontournable pour jouer dehors au Québec. La faute à un Daniel Boone postmoderne, un modèle coopératif novateur et de jeunes poqués.

Vallée Bras-du-Nord

Certaines ruptures amoureuses sont plus brutales que d’autres. Celle vécue par Frédéric Asselin au tournant du millénaire se classe dans la catégorie poids lourds. «Je travaillais alors comme guide en tourisme d’aventure au Saguenay, où je filais le parfait bonheur. Puis, l’impensable survient», raconte celui que Le Soleil a déjà qualifié de Daniel Boone postmoderne. Exsangue, le jeune homme de 27 ans renoue avec Danielle Larose, une visionnaire sociotouristique de Saint-Raymond de Portneuf qu’il a côtoyée par le passé. Coïncidence: celle-ci lui annonce la création d’une coopérative de solidarité pour développer l’écotourisme dans la région. «On se cherche un directeur général. Intéressé?»

La coopérative de solidarité Vallée Bras-du-Nord voit le jour à la fin de l’été 2002 avec Frédéric à sa tête. Son mandat est pour le moins ambitieux: la capitale québécoise de la motoneige, durement éprouvée par la crise du bois d’œuvre qui oppose le Canada aux États-Unis, souhaite diversifier son économie moribonde. Pour ce faire, elle mise sur une de ses forces: la nature. «Portneuf est un coin reconnu pour ses pourvoiries fréquentées historiquement par de riches Américains. La vision de la coopérative était novatrice, dans le sens où elle rompait avec l’idée du territoire comme pourvoyeur de richesses naturelles», explique Frédéric Asselin.


Le choix du modèle coopératif n’est d’ailleurs pas fortuit. Il est le véhicule utilisé pour que les propriétaires riverains, les entreprises de services récréotouristiques, les travailleurs récréoforestiers et récréotouristiques, de même que les intervenants en tourisme de Saint-Raymond de Portneuf aient voix au chapitre. Bref, pour regrouper sous une même entité tous ceux qui sont concernés par la mise en valeur des environs de la rivière Bras-du-Nord, une vallée glaciaire au potentiel insoupçonné. «Nous avions un diamant brut en main, tout en falaises vertigineuses, en chutes imposantes et en cascades mélodieuses. Notre but: le polir», résume-t-il.

Déluge d’activités

Dix-sept ans plus tard, son équipe et lui peuvent dire mission accomplie: VBN, pour les intimes, totalise 100 000 jours-visites par année. De ce nombre, 40% sont dus uniquement au vélo de montagne, LE produit phare de Vallée Bras-du-Nord. On vient d’aussi loin que la France pour rouler les 100 kilomètres de singletracks de la mecque du vélo cramponné au Québec. Certains sentiers ont même acquis une renommée internationale. C’est le cas de la Neilson, un spectaculaire sentier signature de 24 kilomètres qui épouse les courbes de la rivière du même nom. C’est à Gilles Morneau, spécialiste de vélo de montagne de la région de Québec, qu’on doit le tracé de ce chef-d’œuvre. «Je l’ai conçu dans l’idée de faire vivre une expérience, de créer un effet wow!», souligne-t-il.

Avec ses 85 kilomètres de sentiers, Vallée Bras-du-Nord se revendique en outre comme l’un des réseaux de randonnée pédestre les plus colorés au Québec. Les bons plans en la matière ne manquent pas. Il y a le classique aller-retour de 8 kilomètres jusqu’à la superbe chute Delaney, à partir de l’accueil du secteur de Shannahan. Pour les mollets plus dégourdis, on recommande le sentier des Falaises, faisant 17 kilomètres et dont le point culminant, le cap Bédard, domine toute la vallée. Amateurs de longue randonnée, la Traversée du Philosore, une aventure de 30 bornes à réaliser en trois jours, est pour vous. «Comme le réseau est parsemé de refuges, il est possible de s’aligner plusieurs jours de rando», note Frédéric Asselin. À bon entendeur.


Puis, il y a… tout le reste. Descente de rivière en canot, via ferrata sur les falaises de la vallée, canyoning dans les cascades des Anges: les hyperactifs y trouveront leur compte. Les plus sages pourront quant à eux tuer le temps devant le poêle d’un des nombreux chalets disséminés sur tout le territoire. Des séjours en yourte et sous la tente sont aussi possibles. En fin de journée, tout ce beau monde se retrouvera devant une bière de la microbrasserie du Roquemont – on vous recommande la Singletrack, une IPA inspirée des sentiers de vélo de montagne de Vallée Bras-du-Nord. «Une belle synergie s’est développée avec le milieu au fil des années. Des commerces ont ouvert leurs portes pour répondre aux besoins sans cesse grandissants des visiteurs», indique Frédéric Asselin.

Les jeunes poqués

Les projets ne manquent pas dans les prochaines années à Vallée Bras-du-Nord. L’accueil Shannahan sera réaménagé, de nouvelles unités d’hébergement sortiront de terre et une quarantaine de kilomètres de sentiers de vélo de montagne seront sculptés, dont un nouveau sentier signature d’environ 6 kilomètres qui en mettra plein la vue, littéralement. Si tout va bien, l’achalandage devrait augmenter de 50% d’ici 2022, ce qui représente 150 000 jours-visites par année. Ce qui pose la question: VBN sera-t-elle victime de son succès? «Je ne crois pas», répond sans hésiter Frédéric. «Parce que nous restons fidèles à nos valeurs et à qui nous sommes.»

La preuve: malgré les dizaines de prix et reconnaissances récoltés au fil des années, la plus grande fierté du directeur général demeure le projet En marche. Chaque année depuis les débuts de la coopérative, 10 jeunes de la région qui traversent diverses épreuves (décrochage, toxicomanie, délinquance…) sont recrutés afin de développer et d’entretenir les sentiers de Vallée Bras-du-Nord durant près de six mois, entre mai et novembre. Au fil des ans, c’est environ 250 jeunes poqués qui ont ainsi goûté à une trop rare occasion de succès. Surtout, ce sont les trois quarts d’entre eux qui ont réintégré les études ou le marché du travail à la fin de ce projet, qui a depuis été immortalisé sous la forme d’un documentaire. De quoi recoller les cœurs les plus salement amochés.