Votre mission, si vous l’acceptez…

Richard Saint-Laurent a réussi là où tous se sont cassé les dents par le passé: il a redonné ses lettres de noblesse à une base militaire abandonnée de la Beauce.

Certains retapent des autos. D’autres, de vieilles bicoques. Richard Saint-Laurent, son truc, ce sont les bases militaires désaffectées. En 2010, l’homme de 54 ans rachète un terrain de 14 millions de pieds carrés sur les hauteurs de Saint-Sylvestre dans Lotbinière, aux portes de la Beauce. La particularité de cette vaste propriété: un bunker de la Défense nationale y trône à 700 mètres d’altitude, sur le mont Sainte-Marguerite. Cet ouvrage défensif a été érigé par l’Aviation royale canadienne en 1954, en pleine guerre froide, par crainte d’une invasion aérienne de l’Union soviétique. Le radar qui coiffait alors la station «No. 13 Aircraft Control & Warning Squadron» formait, avec 32 autres stations du genre (dont celles d’Apica et de Moisi), un bouclier: la ligne Pinetree.

«À l’origine, je voulais simplement un petit coin de nature où stationner mon motorisé les fins de semaine», raconte celui qui a été à la fois tenancier de bar et journaliste dans une ancienne vie. Le propriétaire de l’époque, toutefois, ne voulait rien savoir de diviser le domaine en lots. C’était tout ou rien. «J’ai choisi de tout acheter», résume-t-il. Les premiers mois, Richard est un touriste sur son propre terrain de jeu. Loin de lui l’idée, alors, de remettre en état les bâtiments militaires abandonnés en 1964, pour cause d’avènement des satellites qui ont rendu désuets les radars. La base formait un véritable petit village en soi. On y retrouvait un poste de police, un hôpital, une église divisée en deux (catholique et protestante), un bureau de poste et même une salle de quilles. Près de 1000 personnes y habitaient.


Il faut dire que, pendant 50 ans, les projets de relance se sont succédé au «mont Radar». Tous, cependant, ont un trait en commun: ils ont systématiquement foiré. «J’ai tout vu ici. À un certain moment, on parlait de créer une station de ski alpin. Les derniers propriétaires, des écologistes, voulaient quant à eux en faire un genre de commune avant d’être chassés. Ils ne payaient pas leurs taxes…», se souvient Richard Saint-Laurent. Résultat: pour les gens de la région, l’ancienne base militaire est devenue, au fil des années, l’incarnation même d’un éléphant blanc. «Quand j’ai fini par m’ouvrir les yeux sur le potentiel récréotouristique de la place, on m’a donc pris pour un autre illuminé. À la différence près que, moi, j’avais une vision. Et que j’allais la concrétiser.»

Domaine du Radar

Sa vision est celle d’un centre de plein air quatre saisons: le Domaine du Radar. Pour ce faire, Richard a misé sur le fort passé militaire des lieux. Les chalets, construits à même les reliquats de la base militaire, ont été affublés de noms évocateurs: le Général, le Caporal… L’accueil, aménagé dans l’amphithéâtre, a quant à lui été peint en vert armée. Même les employés embarquent dans le jeu; leur uniforme couleur camouflage rappelle la fameuse tenue militaire de combat. Côté activités, les visiteurs franchissent la guérite du domaine pour participer à des visites guidées historiques, pour sillonner ses sentiers de randonnée pédestre ou pour piquer leur tente. L’hiver, place à la raquette, au ski de montagne et à la luge autrichienne sur deux pistes aménagées à l’ombre du bunker: la Familiale et la Kamikaze.


Le temps a fini par donner raison à Richard Saint-Laurent. Aujourd’hui, c’est presque 60 000 visiteurs qui viennent chaque année au Domaine du Radar – ils n’étaient que 700 en 2010. «J’ai travaillé comme un fou depuis huit ans pour changer la réputation de l’endroit. J’attire maintenant des gens de partout au Québec et d’au-delà dans un petit coin comme Saint-Sylvestre. Il faut le faire!», lance-t-il, visiblement fier de son coup. L’homme d’affaires ne compte pas en rester là, cependant. Fort de son succès, il a imaginé un projet de développement évalué à près de cinq millions de dollars. Au moment d’écrire ces lignes, la moitié du financement était garantie par le gouvernement du Québec. Grâce à ce dernier, l’affluence pourrait exploser à 200 000 visiteurs par année d’ici deux à trois ans, prévoit-il.

«On parle de trois phases distinctes de développement. La première s’articulera autour de la restauration du bunker, qui a franchement besoin d’amour. On y aménagera notamment une terrasse au troisième étage, d’où l’on pourra profiter de la vue sur la ville de Québec et ses environs. Ensuite, il est question d’un chemin de luge quatre saisons sur parcours fixe, un peu comme ce qu’on retrouve à Revelstoke, en Colombie-Britannique. Finalement, un spectacle multimédia et interactif sera projeté sur le bunker au sommet du mont Sainte-Marguerite. Lumens Militar [son nom de code] aura comme thème la guerre froide ainsi que les mythes et rumeurs qui circulent à propos de la base militaire», énumère Richard Saint-Laurent. Est-il vrai, par exemple, qu’un réseau de couloirs sous-terrain court sous le mont Radar? À découvrir alors.

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