Ferme Bourdelais

Les petits fruits de la relève

En arpentant les petites routes lanaudoises à la belle saison, un spectacle coloré se révèle du côté de Lavaltrie. Sur plus de cinq hectares, la Ferme Bourdelais cultive sa différence depuis cinq générations, sous forme de petits fruits sucrés et acidulés. 

Ferme Bourdelais

Hugo Bourdelais a 34 ans. Il est né et a grandi sur la terre que possède sa famille depuis 1892. Une terre qui a produit une agriculture d’autosuffisance jusqu’à ce que son grand-père décide de l’axer sur la pomme de terre, puis que son père y plante de premiers framboisiers, en 1987. Peu à peu, les petits fruits ont eu raison des tubercules. Si bien qu’à présent, la Ferme Bourdelais produit des framboises, des bleuets, des camerises, de l’argousier, de la rhubarbe, de l’amélanchier et des airelles.

L’appel de la terre

« J’ai toujours aimé le contact avec la nature. Plonger mes mains dans la terre et travailler avec la matière », explique Hugo Bourdelais en se référant à la philosophie de Gaston Bachelard. L’agriculteur a, en effet, plus d’une facette, puisqu’il a étudié en lettres et en enseignement. Il a également publié un recueil de poésie. Mais l’appel de cette terre qui l’a nourri et qu’il a fréquentée chaque été à l’âge adulte était trop fort. Alors, en 2017, il a décidé de revenir pour de bon.

Avec ses parents, Gaétan et Louise, il exploite la Ferme Bourdelais. Par passion, mais aussi parce que c’est un milieu crucial à ses yeux. « Les agriculteurs sont de plus en plus marginalisés et effacés, ils représentent moins de 1 % de la population, alors qu’ils jouent un rôle essentiel dans notre société, plaide-t-il. Il faut encourager les producteurs locaux, qui souffrent des effets pervers de la mondialisation. »

 

L’agriculture en 2020

Comment réconcilier le grand public avec celles et ceux qui le nourrissent quotidiennement ? Au même titre que d’autres agriculteurs de la nouvelle génération, Hugo Bourdelais veut insuffler un vent de fraîcheur dans sa ferme familiale et la rapprocher des consommateurs. Depuis 2017, il en a donc diversifié la production, développé la présence sur les réseaux sociaux, retravaillé l’image.

Il a aussi pris l’initiative d’aller à la rencontre de chefs québécois pour leur faire connaître ses petits fruits issus d’une agriculture raisonnée qui limite au maximum les traitements chimiques sur les arbres fruitiers. Le très respecté pâtissier Patrice Demers dit d’ailleurs des Bourdelais qu’ils produisent des framboises et des bleuets d’une qualité incroyable. « C’est une grande satisfaction pour nous de sentir notre travail apprécié et de voir nos produits valorisés », admet l’agriculteur.

Plus grand que soi

Hugo Bourdelais croit en certaines valeurs et au rôle qu’il peut jouer, à son échelle, pour repenser l’agriculture traditionnelle. « À la ferme, nous pratiquons une culture raisonnée, avec le moins de traitements possible. » Un choix qui n’est pas évident, car les petits fruits sont plus sensibles à l’humidité, aux intempéries et aux invasions d’insectes que d’autres produits. Il n’est peut-être pas envisageable de se priver totalement d’intrants pour produire, mais la Ferme Bourdelais n’y a recours qu’en cas de réel besoin.

Le jeune agriculteur souhaite aussi que les marchés fermiers, beaucoup plus populaires en Europe et chez nos voisins américains, se développent au Québec. « Nous sommes présents à celui de Joliette et aux marchés de Noël, mais j’aimerais, bien sûr, que ce type de marchés, qui misent sur la qualité et le travail des artisans, deviennent des arrêts incontournables lorsqu’il est temps de s’approvisionner. »

Enfin, Hugo pense que les produits issus de la terre québécoise méritent beaucoup plus d’appellations contrôlées. « Nous disposons ici d’une érablière qui a plus de 150 ans, ce dont nous sommes très fiers. Mais au même titre que Marc Séguin, j’ai du mal à comprendre pourquoi notre sirop doit être envoyé à la fédération des acériculteurs, qui se contente de le mêler avec celui des autres producteurs du Québec pour ensuite le diffuser. C’est un non-sens d’ôter le caractère distinctif de chaque érablière et de rendre impersonnelle une production qui ne l’est pas, à la base. »

Informer et vulgariser

C’est cette volonté de se démarquer qui guide le travail quotidien d’Hugo Bourdelais et de ses parents avec les petits fruits de leur propriété. Et il y a beaucoup à faire en la matière, car que savent exactement les consommateurs au sujet des fruits qu’ils achètent ? La plupart d’entre eux pensent encore qu’il n’existe qu’une seule sorte de framboises et de bleuets, alors qu’on en dénombre une grande gamme au Québec. À la Ferme Bourdelais, on peut se procurer 13 variétés de framboises. « Et leur couleur, leur saveur comme leur texture peuvent être très différentes les unes des autres », explique Hugo en comparant les framboises jaunes, assez rares et très sucrées, aux framboises rouges, dont la grosseur détermine la fermeté, l’acidité et le taux de sucre, et aux framboises noires, appréciées par les pâtissiers pour leur douceur.

Cette connaissance, l’agriculteur ne la partage pas qu’avec des professionnels de la restauration. La Ferme Bourdelais accueille effectivement de nombreux visiteurs chaque été qui viennent y faire de l’autocueillette. « Cela nous permet d’attirer l’attention sur des cultures moins connues. Et les gens sont vraiment curieux ! Ils posent des questions et goûtent des petits fruits qu’ils n’ont jamais vus ou utilisés. C’est un contact humain très important pour nous. »

Grandir

En plus de diversifier la production et les marchés de sa ferme, Hugo Bourdelais souhaite ajouter à la terre de sa famille un volet pédagogique et gourmand. Panneaux d’interprétation le long des vergers, kiosque de restauration avec des plats prêts à manger et des paniers pique-nique… « Nous proposons déjà des tartes, des confits, des friandises glacées. Et nous voulons développer notre gamme de produits transformés », explique l’agriculteur, des projets plein la tête. Loin, bien loin de l’industrialisation à outrance et du caractère impersonnel des grandes surfaces. La relève des Bourdelais est bien assurée.