Café Frida

Savourer le moment présent

À l’intersection des rues des Forges et du Fleuve se trouve un café qui est aux antipodes d’un simple repaire pour les passionnés de bouffe végane et de café troisième vague. Le Café Frida permet d’échapper à notre train-train quotidien à notre rythme, le temps d’un repas et d’un café… ou deux. Ou trois. Entretien avec la propriétaire Gabrielle Cossette.

Café Frida

Gabrielle profite de la grève étudiante en 2012 pour quitter Montréal et retourner à Trois-Rivières, sa ville natale. Elle ouvre le restaurant Éléphant en 2014, unique restaurant indien de la ville. La passion retrouvée dans la cuisine, les lieux et l’équipe attire l’attention d’Emmanuel Salib, qui lui lance l’idée d’ouvrir un café. Une proposition alléchante mais utopique, puisque Gabrielle avait utilisé toutes ses économies dans son restaurant. Ce dernier lui propose l’appui financier requis pour amorcer le projet Frida. Le Café Frida reçoit ses premiers clients en septembre 2015 au 15, rue des Forges, un local donnant une vue imprenable sur le fleuve Saint-Laurent. Frida se voulait, à la base, un café de type troisième vague, le premier de son genre à Trois-Rivières. L’équipe s’associe avec la compagnie canadienne Phil & Sebastian pour offrir espressos, lattés et autres déclinaisons caféinées à la communauté trifluvienne. Malheureusement, l’achalandage n’était pas au rendez-vous, car de nombreux cafés étaient déjà bien établis dans la région. Gabrielle développe donc un menu végétalien. Entre-temps, Gabriel Lefebvre vient compléter le trio d’entrepreneurs pour gérer l’entreprise et la marque. Le Frida trouve sa véritable identité et se positionne comme l’endroit de prédilection en Mauricie pour les gens soucieux de ce qui se trouve dans leur assiette.

Gabrielle ne s’en cache pas, elle adorait manger de la viande dans une autre vie. Elle a adopté le véganisme par conviction. Derrière les fourneaux du Frida, exit les préjugés d’une cuisine végane molle, fade et sans créativité, et bonjour l’amalgame de textures et de saveurs! Tout est fait maison, des pains aux gaufres en passant par les sauces et les ketchups, sans oublier la décadente tartinade au chocolat. Gabrielle et son équipe s’amusent même à concocter des versions véganes de plats réconfortants tels que le poulet frit (affectueusement appelé le pas-poulet), le fish and chips tofu et des côtes levées au tempeh. «Je m’éclate ben raide avec l’élaboration des plats!», dit-elle avec sa passion contagieuse.

Les clients peuvent également faire leurs emplettes sur place en se procurant tonics, kombuchas, aliments fermentés, cafés et thés, beurres de noix, brosses à dents en bambou, savons et j’en passe. Une offre complémentaire qui fait le bonheur des habitués et des clients occasionnels.

Célébrer la culture émergente

Le Café Frida est devenu, au fil du temps, un diffuseur culturel de choix pour la scène émergente québécoise. Sa programmation riche et éclectique attire les fridaphiles et les curieux avec des spectacles, des projections de courts métrages et des expositions d’arts visuels. Le café a d’ailleurs récemment tenu la première édition du Festival d’arts et musique Frida dont la mission est de stimuler l’effervescence culturelle de la ville et d’attirer mélomanes, cinéphiles et esthètes d’ailleurs. «On ne le fait pas pour l’argent, on le fait par passion», avoue Gabrielle.

Le Dep Frida

Décidément, les projets abondent pour la bande du Frida. Le Dep Frida a ouvert ses portes en février dernier au 1031, rue Sainte-Cécile, un endroit tout aussi chaleureux que son grand frère, à mi-chemin entre un café et une épicerie. «Notre cuisine (au Frida) est grosse comme un garde-robe. On a donc brainstormé et trouvé un local dans un coin qui avait une véritable vie de quartier.» Après un bon café et un léger repas, on en profite pour faire le plein de produits véganes: nouilles ramen, bonbons, croustilles, yaourts, faux-mages.

L’éloge de la lenteur

Comme une partie de ma famille habite en Mauricie depuis des lunes, le Café Frida compte parmi mes adresses chouchous lors de mes périples dans cette magnifique région. Lors de mon dernier passage, je me suis mise à épier ce qui se passait aux tables voisines avec, comme objets de diversion, un énorme latté et un livre. Une étudiante complétait sa dissertation. Un jeune papa et son fils accompagnaient la maman qui allaitait le petit dernier de la famille. Quelques têtes grises parlaient de tout et de rien entre deux bouchées de burger. Le Frida est un lieu rassembleur, où le dénominateur commun de la clientèle est le bien-être. Il n’y a pas un iota de clivage ou de discrimination ici. Tous sont bienvenus. «Mes entreprises ont toujours été un prolongement de moi. La base du Frida, c’est le sentiment de communauté. Nous voulions être inclusifs.»

Le café dispose d’une table à langer et de jouets pour accommoder parents et enfants, une denrée encore rare dans les cafés et restaurants au Québec. Moi-même mère de deux enfants, j’applaudis l’initiative du Frida qui accueille poussettes et enfants à bras ouverts. «Je ne peux pas concevoir que les gens nous écrivent sur Facebook pour nous demander si les enfants sont les bienvenus au Frida.»

La trame musicale composée majoritairement de musique alternative, les couvertures vintages en laine, les lumières de Noël et les petits dinosaures qui servent d’identificateurs de tables viennent ajouter à l’atmosphère réconfortante de l’endroit. Des petits plus qui nous donnent envie de nous poser pour la journée et de contempler la beauté du fleuve et ses bateaux.