La Pagaille – Coopérative paysanne

Le bonheur est dans le micromaraîchage

L’histoire de la coopérative La Pagaille, c’est avant tout celle de cinq jeunes Québécois unis par des liens familiaux, amicaux ou amoureux, qui ont eu envie de changer de vie pour revenir à la terre. Depuis deux ans, ils cultivent à petite échelle des légumes bios, qui séduisent de plus en plus de clients. Ils souhaitent aujourd’hui faire grandir leur rêve fermier. 

La Pagaille – Coopérative paysanne

Il y a un peu plus de trois ans, Raphaël et sa conjointe, Camille, vivaient à Québec, où le jeune graphiste préférait passer du temps sur son balcon, à s’occuper de ses tomates, que devant son ordinateur.

Avec Florence, la sœur de Raphaël, et leur couple d’amis Benoît et Élise, ils décident, en 2017, d’acheter un terrain à Saint-Pie, en Montérégie, pour y construire une maison où vivre tous ensemble, mais aussi pour y fonder une microferme maraîchère.

En phase avec leurs envies et leurs valeurs 

Si la famille d’Élise possède une exploitation agricole, rien d’autre, à l’époque, ne prépare ces cinq individus dans la vingtaine et la trentaine à devenir paysans. Raphaël est illustrateur-graphiste, Benoît œuvre en plomberie, Florence est étudiante et Camille et Élise viennent d’univers très différents, la sociologie pour l’une et la diététique pour l’autre.

« Nous avions envie de revenir à la terre et d’exercer un métier qui faisait du sens pour nous, écologistes, et qui soit bénéfique aux autres », explique Raphaël. « Nous étions aussi en quête d’un mode de vie plus lent, rythmé par les saisons, pour ne pas toujours courir après le temps », ajoute Florence.

 

En produisant des légumes sains, cultivés sans pesticide, le groupe a trouvé en sa coopérative un moyen concret de faire le bien autour de lui et de contribuer à la sécurité alimentaire sans nuire à la planète.

Environ 30 variétés différentes

Pour apprendre à faire pousser des légumes, Florence et Raphaël se sont formés en production horticole à l’Institut de technologie agroalimentaire, qui possède un campus à Saint-Hyacinthe, non loin de Saint-Pie. Les apprentis fermiers se sont plongés dans des livres, notamment ceux de Jean-Martin Fortier, d’Eliot Coleman et de Charles Hervé-Gruyer, tous trois des références en matière d’agriculture maraîchère biologique.

Concombres, salades, tomates, poivrons, haricots, choux, brocolis, radis, navets, betteraves, carottes, aubergines, cerises de terre… En tout, La Pagaille produit une trentaine de variétés de légumes. Certaines d’entre elles sont ancestrales, car la coopérative tient à préserver la biodiversité.

Si aucun produit chimique n’est utilisé, les légumes ne sont toutefois pas certifiés biologiques, car le processus coûte trop cher, explique Raphaël.

La demande est là

La production maraîchère de la ferme est écoulée sous forme de paniers hebdomadaires disponibles sur abonnement d’environ quatre mois, de juin à septembre.

Lors de sa première saison, La Pagaille remplissait 12 paniers chaque semaine. Le nombre de clients est passé à 34 en 2019. « L’an dernier, on a refusé des gens. Et, en deux jours, on a déjà eu 20 abonnements pour cet été », explique-t-il. Si la Montérégie est une région agricole, l’offre de légumes fermiers et bios s’y fait pourtant plutôt rare.

Cette année, La Pagaille espère avoir 60 abonnés et offrir deux formats de panier, l’un pour une personne, à 22 dollars par semaine, et l’autre pour 2 à 3 personnes, à 30 dollars par semaine. Et une nouveauté pour 2020 : les gens auront la possibilité de choisir le contenu de la moitié de leur panier.

Les cinq membres du groupe travaillent tous à temps partiel pour la coopérative. Les heures qu’ils consacrent constituent l’équivalent de trois employés à temps plein. Toutefois, personne n’est rémunéré au sein de ce quintette. « La Pagaille est un projet rentable, mais que l’on porte à bout de bras », précise Raphaël.

Micro ferme, mais maxi efficacité

L’an dernier, en cultivant leurs 2 000 mètres carrés de terre, ils ont généré 20 000 dollars. « On n’est pas aussi efficace que Jean-Martin Fortier [de La Ferme des Quatre-Temps], mais c’est tout de même un très bon ratio ! », se félicite-t-il.

Pour parvenir à une telle productivité, la coopérative recherche l’efficacité. « La bonne gestion du temps, c’est le nerf de la guerre », résume Florence.

La Pagaille a également recours à des techniques de permaculture, qui permettent de densifier les cultures, mais qui demandent davantage de travail à la main. Et comme la ferme vise le zéro déchet, elle a aboli le film plastique noir qui empêche habituellement les mauvaises herbes de pousser. Un choix écologique, mais exigeant en travail de désherbage manuel !

Le goût avant tout

Si les cinq paysans besognent dur pour cultiver leurs champs, ils veillent tout de même à allier travail et plaisir. « Cultiver la terre reste un beau moment de détente », assure la jeune femme.

Et ils se montrent toujours disponibles pour faire visiter leur ferme. Car La Pagaille s’est aussi fixé une mission éducative sur les vertus de ses légumes à l’apparence moins parfaite que celle des poivrons ou des brocolis vendus dans les épiceries. « Les clients sont heureux quand on leur explique que si leur tomate est un peu craquée, c’est parce qu’on a attendu qu’elle soit bien mûre pour la cueillir, afin d’avoir un maximum de goût et de vitamines », explique Raphaël.

Des projets en pagaille

Heureux au milieu de leurs rangées de légumes, Florence, Raphaël, Camille, Élise et Benoît aspirent à faire grandir leur coopérative paysanne en allant s’établir sur un plus grand espace, au cours des prochaines années. « On ne sait pas encore où on ira au Québec, mais on va déménager, car notre terrain est trop petit, affirme Raphaël. Notre ferme actuelle est comme un laboratoire qui nous permet de gagner de l’expérience avant de se lancer en plus grand. »

La Pagaille aspire aussi à diversifier sa production avec la culture de légumes d’hiver et en misant sur la transformation alimentaire de produits fermiers.