La Coopérative pour l’agriculture de proximité écologique: pour et par ses membres

La Coopérative pour l'agriculture de proximité écologique: pour et par ses membres

En 30 ans d’existence, jamais l’agriculture biologique québécoise ne s’était résolument unie pour mettre ses forces en commun. En 2013, la création de la Coopérative pour l’agriculture de proximité écologique (CAPÉ) a changé la donne. Depuis, la CAPÉ relève avec brio le défi de faire rayonner une agriculture respectueuse de la santé de la planète et des êtres vivants.

En juin 2018, les légumes biologiques cultivés par des membres de la CAPÉ ont fait leur entrée dans les cuisines de l’hôpital Sainte-Justine. Un premier pas dans le monde institutionnel qui ravit la CAPÉ et qui représente une réussite pour cette coopérative de petits producteurs agricoles ayant su croître avec peu de moyens.

Avant la naissance de la CAPÉ existait déjà un regroupement – le Réseau des joyeux maraîchers écologiques (RJME) –, mais il s’apparente surtout à un groupe d’information et de réseautage. La volonté d’agir plus concrètement a poussé une trentaine de producteurs biologiques à s’associer pour constituer la CAPÉ avec une philosophie: lancer un mouvement organisé par et pour les membres.

Un mot d’ordre que la CAPÉ a décliné en plusieurs volets. La coopérative de services a commencé par tirer profit du Rendez-vous automnal, un événement déjà existant, organisé jusque-là par le RJME. Cette rencontre annuelle de formation permet de répondre à l’un des objectifs de la CAPÉ: mettre en place des activités de perfectionnement des compétences techniques et entrepreneuriales des membres.

Cet automne, les participants ont ainsi pu s’initier à la transformation alimentaire des surplus issus de la culture maraîchère, apprendre à optimiser la mise en marché de leurs produits en vente directe ou encore à tenir un étal gagnant dans un marché public. «Nos agriculteurs sont formés à cultiver des légumes, mais pas à mettre en marché leur production», explique Robin Fortin, administrateur de la CAPÉ, mais aussi fermier, qui cultive une trentaine de légumes différents à la Ferme de la Berceuse, non loin de Drummondville.

Vendre plus de légumes biologiques cultivés au Québec

Dès le départ, le plan de match de la CAPÉ ne s’est pas limité à la formation, mais s’est également attaché à promouvoir l’agriculture biologique en circuit court et à améliorer l’accessibilité aux produits locaux biologiques. «Le développement de la mise en marché était déjà au cœur du premier plan stratégique de la coopérative», indique Robin Fortin.

Alors, il y a quatre ans, la coopérative a lancé l’initiative Bio locaux. Des groupes de producteurs s’organisent pour proposer des paniers de légumes que les consommateurs peuvent prendre ou composer eux-mêmes. Cet été on pourra les retrouver au marché Maisonneuve à Montréal. «C’est une formule qui a du succès autant auprès des clients que des producteurs», précise Robin Fortin. Également, depuis 2015, les Bio Locaux mettent en marché 1700 abonnements de paniers bio hivernaux mettant ainsi en commun les produits de plus de 20 fermes membres, distribués dans plus de 30 points de livraison dans la région de Montréal. Ce projet, en opération de novembre à mai, vise à compléter l’offre des fermes du Réseau des fermiers de famille qui terminent généralement leur distribution en novembre.

La CAPÉ, qui prélève un pourcentage sur les ventes, fournit du personnel de gestion, des outils, de l’expertise et du mentorat. Le but est d’aider les producteurs à décider de qui va produire quoi pour éviter de n’avoir que des carottes et des choux à vendre, ou encore à bien optimiser la vente sur les marchés. «Il faut avoir du volume, de la variété, et ce, le plus longtemps possible dans la saison», résume-t-il, soulignant que certains légumes sont plus payants que d’autres pour les agriculteurs.

Du matériel moins cher et mieux adapté aux besoins des producteurs 

Autre service développé par la coopérative: les achats collectifs. Cela donne la possibilité aux membres de profiter de prix de gros sur des articles comme les emballages ou encore les couteaux de récolte.

Depuis près de quatre ans, la CAPÉ a introduit un très populaire service d’autoconstruction. Il permet aux membres patenteux de partager leurs talents techniques avec le reste de la coopérative. Ainsi, les agriculteurs peuvent se fabriquer leur propre laveuse de légumes racines pour le tiers du prix d’une machine normale, ou installer à moindre coût des moteurs sur les ouvrants des serres afin d’automatiser leur ouverture et leur fermeture. «Mécaniser certaines tâches représente un grand gain de productivité pour les producteurs», affirme Robin Fortin. Ce service de la CAPÉ bénéficie du soutien de L’Atelier paysan, une coopérative française d’autoconstruction.

Un succès financier et humain

Parallèlement à cet élargissement de l’offre de la CAPÉ, le nombre de membres a triplé, pour passer d’environ 100 personnes à plus de 300. Au-delà du chiffre, cette évolution se traduit par une forte mobilisation des membres. «Beaucoup de personnes ont investi du temps et fait preuve d’un grand engagement», se félicite le président.

De plus, la CAPÉ a vu son chiffre d’affaires être multiplié par dix en cinq ans pour atteindre un million de dollars en 2018. Une réussite, selon Robin Fortin: «C’est plus difficile d’être viable économiquement pour une coopérative de services que de marchandises.»

Quant aux membres, à l’heure où les petites fermes maraîchères biologiques se multiplient, nombre d’entre elles ont pu consolider et pérenniser leur activité agricole en intégrant la CAPÉ: «Stabiliser une partie de sa mise en marché vaut de l’or pour un producteur», affirme-t-il.

Cap sur les régions

L’avenir de la CAPÉ s’annonce riche en projets. Le réseau des fermiers de famille, géré pour le moment par l’ONG Équiterre, et dont la majorité des membres font déjà aussi partie de la CAPÉ, a pu intégrer la coopérative au début de l’année 2020. Ce réseau de producteurs fournit des paniers de légumes sur abonnement.

Et les Bio locaux devraient bientôt faire des petits ailleurs au Québec, notamment sur la Rive-Sud de Montréal, en Estrie et dans le Centre-du-Québec.

«L’idée est de partager avec les agriculteurs de proximité situés en région notre expertise et nos outils tout en leur donnant une couleur locale, car on ne s’adresse pas de la même manière aux consommateurs de Montréal qu’à ceux de Rimouski», explique Robin Fortin. Il faut dire que l’agriculture biologique fait face à des défis importants en région, entre la difficile relève agricole et un marché caractérisé par une faible densité de la population.

À terme, la CAPÉ aimerait offrir d’autres aliments biologiques et étendre la solidarité entre ses membres à la signature d’un pacte entre les agriculteurs afin que, par exemple, un producteur ne se retrouve pas sans légumes pendant trois semaines si ses terres sont frappées par la grêle.

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