Les Coasters

Regard sur un Québec méconnu

La Côte-Nord est l’une des rares régions québécoises où une partie de la population vit dans des villages non reliés par la route. Le documentaire Les Coasters nous permet de traverser de l’autre côté du bout de la 138 pour découvrir ce magnifique territoire et les gens qui y vivent.

Les Coasters

La Basse-Côte-Nord se situe entre Kegaska (là où la 138 s’arrête depuis 2013) et Blanc-Sablon, à la frontière du Labrador. Un territoire d’environ 400 kilomètres où quelque 5000 personnes vivent dans une quinzaine de communautés anglophones, francophones et innues. Les Coasters, le nom du documentaire de Nicolas-Alexandre Tremblay et Stéphane Trottier, est en fait le surnom des habitants de la Basse-Côte-Nord. Peu d’informations circulent sur cette partie de la province, et quand on en parle, c’est trop souvent en insistant sur la baisse de la population, les difficultés économiques et le prolongement de la route 138 qui est attendu depuis des décennies, mais qui se fait à pas d’escargot. Tout cela est abordé dans le documentaire, mais heureusement, pour une fois, l’accent est mis sur le positif: sur le sentiment d’appartenance des Coasters envers leur région et sur leur rythme de vie qui vogue selon les saisons.

Pendant 87 minutes, on rencontre plusieurs personnages, de cultures et d’âges variés, et on se promène avec eux en mer, sur la Route blanche, dans les carnavals et dans les maisons. On sort de la région à quelques reprises pour suivre certains protagonistes en ville, que ce soit pour les études, le magasinage ou pour parler de leur histoire. Ne vous attendez pas à un exposé sur chacune des communautés de la région, car on se concentre plutôt sur les gens qui l’habitent et qui nous font découvrir leur Basse-Côte. On voit Michael, quitter son Chevery de 300 habitants pour aller étudier à Montréal, à plus de 1500 kilomètres de son village. On suit aussi Anne et Jo-Anne, mère et fille qui ont des conversations en français et en anglais en même temps, situation qui n’est pas exceptionnelle dans cette région à majorité anglophone. On suit Jeremy, de Harrington Harbour, qui pêche le crabe avec son père. Du côté des Innus, on rencontre Baudoin et Dieudonné à La Romaine. Le premier est innu et travaille à valoriser, préserver et partager sa culture et les traditions de ses ancêtres. Le second travaille à l’école du village depuis de nombreuses années. Par lui, on a accès à un point de vue de quelqu’un de l’extérieur, mais qui connaît bien son village d’adoption.


On discute aussi avec Gilles, francophone de Tête-à-la-Baleine qui se dit «un gars d’eau en été et de bois en hiver», et Howard, résident d’Aylmer Sound, village officiellement fermé par le gouvernement en 2005, mais qu’il habite toujours en hiver avec sa femme, parce que les racines, c’est puissant, surtout en Basse-Côte-Nord. C’est beaucoup de personnages pour un film, surtout qu’on passe de l’anglais au français à l’innu. Certains sentiront probablement qu’il y a en fait plusieurs documentaires dans ce film, mais c’est ça la Basse-Côte: trois cultures qui cohabitent, avec comme lien ce territoire immense et magnifique qu’on parcourt en bateau, en motoneige ou en avion. C’est peut-être lui le personnage principal du documentaire, le territoire, ce Québec isolé, fier et débrouillard, qui vit au rythme de la nature.


La création de ce documentaire a été un défi logistique pour les réalisateurs qui n’étaient jamais allés à l’est de Sept-Îles avant ce projet. «Le défi du documentaire, c’est la forme qu’on a décidé de lui donner: que ce soit sur plusieurs saisons avec plusieurs gens dans plusieurs communautés éloignées», explique Stéphane Trottier. Les seules balises de départ étaient qu’ils se concentreraient sur les villages non reliés par la route et qu’ils voulaient couvrir les trois cultures de la région. Le reste allait dépendre des gens rencontrés lors de leur repérage. Au deuxième voyage, ils ont participé au 90e carnaval de Harrington Harbour, ce qui a confirmé leur intérêt à faire ce film, malgré le financement qui était toujours incertain à cette époque. «Un moment donné, entre deux games de hockey, on s’est assis dans le hall pis on regardait. Il y avait quatre générations qui étaient là. C’est ça qui est beau à voir aussi», raconte Nicolas-Alexandre Tremblay, précisant que ce n’est pas en ville où il a grandi qu’on aurait vu toutes ces générations fêter ensemble.


Ce sont sept voyages, en toutes saisons, qui ont été nécessaires pour la création du film. Est-ce que faire un projet comme celui-ci dans un coin qu’on ne connaissait pas au départ modifie sa vision du Québec? Les deux réalisateurs se disent maintenant plus curieux et sensibles par rapport aux réalités des communautés autochtones. Aussi, Nicolas-Alexandre a apprécié en apprendre sur les minorités anglophones au Québec: «À Montréal, on le voit, mais de voir comment ça se passe en région, c’est super intéressant aussi.» «Je sais pas si elle [ma vision du Québec] a changé, mais j’ai réalisé qu’à travers le Québec, il y a des modes de vie différents, des mentalités, des sous-cultures. Tu peux dire “Québécois”, mais il y en a plein de sortes de Québécois et il y a plein de régions du Québec et tout le monde a sa sous-culture», explique Stéphane, quant à sa réflexion après plusieurs séjours en Basse-Côte-Nord.


Avec mon regard de nouvelle résidente de la Basse-Côte-Nord, j’ai vu un documentaire qui dresse un portrait réaliste d’un mode de vie ponctué par la météo, les fêtes communautaires et surtout ce lien fort qui unit les Coasters à leur chez eux, toutes générations confondues. Sans balayer les problèmes importants de ces communautés, le documentaire vit plutôt le moment présent, sans idéaliser le passé ni appréhender le futur. Comme une photo d’une région, sur laquelle le Québec commence à peine à ouvrir l’œil.

Les Coasters, produit par Tortuga Films, a été lancé aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal en novembre dernier. Il sera présenté sur les ondes d’Unis TV cet hiver et dans quelques salles communautaires de la Basse-Côte-Nord.

Les Coasters
facebook.com/lescoasters

Le documentaire Les Coasters sera diffusé le 21 janvier à 21h sur Unis TV et sur unis.ca

Unis TV propose des émissions tournées aux quatre coins du pays qui présentent les lieux et les gens de chez nous. La chaîne est incluse dans le forfait télé de base de tous les télédistributeurs.