Québec profond

Entre vagues et marais

Le fleuve Saint-Laurent, c’est la véritable colonne vertébrale du territoire québécois. On croit bien le connaître. Nous l’avons vu mille fois en longeant les routes, en marchant sur la plage, les caps rocheux ou encore les battures. Mais rares sont ceux qui connaissent les merveilles qui se cachent sous la surface de l’eau. Bienvenue dans le monde méconnu du Québec profond.

Québec profond

«T’as des baleines à bosse à côté du zodiac, des petits rorquals et les phoques sont à côté. C’est silencieux, il n’y a pas de bateau, il n’y a personne. C’est un bonheur total de pouvoir vivre ça!» Ce qui semble être un moment unique vécu en vacances est pourtant le quotidien estival du photographe-plongeur Patrick R. Bourgeois, qui vit à Baie-Comeau en été et à Montréal le reste de l’année.

Originaire de Baie-Comeau, il quitte la Côte-Nord pour étudier en histoire, journalisme et science politique à l’université. Impliqué en politique pendant plusieurs années, il s’installe en Gaspésie où il remarque que personne ne profite du fleuve qui borde la région. L’idée lui vient alors de réaliser son rêve de jeunesse et il va suivre des cours de plongée sous-marine. «Tous ces animaux, je ne les connaissais pas, parce qu’on ne les voit jamais à la télévision. J’ai dit: “C’est trop extraordinaire, il faut faire découvrir ça!”» Alors que le monde politique s’éloigne de lui en cours de route, Patrick se concentre à faire découvrir les paysages marins du Saint-Laurent, puis la faune du Québec en général, dans le but de reconnecter les Québécois à la nature, en passant d’abord par ce qui est à proximité.

Anémone et plongeur.

Est-ce que la photographie animalière est loin de la politique? «C’est la même démarche, la colère en moins. J’ai essayé la colère, là j’essaie la beauté. Dans le fond, c’est l’amour du Québec que je vends.» Ce Québec, il y tient et il nous le présente dans des formes et des couleurs qui nous sont souvent inusitées, mais l’amélioration de notre société est toujours présente dans ses projets. Il cherche à transmettre l’importance de la responsabilité que nous avons tous envers les générations futures. «Oui, j’arrive avec des photos de morues, d’anémones, de loups atlantiques et je plonge avec les phoques, mais tout ça relève d’une démarche qui veut convaincre les gens de prendre soin de chez eux.»

Les images qu’il filme sous l’eau lui servaient d’abord à attirer des clients à ses cours de plongée, jusqu’à ce que sa blonde, Geneviève Bilodeau, lui dise que ces images devraient atteindre plus de gens. C’est ainsi qu’est né le documentaire Québec profond, sorti en avril 2018, après un livre du même nom. Les amoureux se complètent dans leurs projets professionnels: «Je vais chercher les images et elle a une vision et une intelligence pour construire des récits et vendre des émotions.»

Anémone rouge du Nord
Loup atlantique

En plus de montrer les splendeurs du Saint-Laurent, Québec profond donne envie de faire des voyages de découvertes en famille, au rythme de la nature québécoise que l’on ne connaît qu’en surface. On découvre dans Québec profond, grâce à Patrick, Geneviève et leur fils Simon, la vie qui grouille dans le Saint-Laurent, l’infiniment petit dans cet infiniment grand. Ce que Patrick veut qu’on retienne du documentaire? Que le Saint-Laurent, c’est coloré, contrairement à ce qu’on peut imaginer. Le plus beau site de tout le Saint-Laurent marin, selon lui, c’est Pointe-à-la-Croix, à Franquelin. «C’est super riche: on voit des loups atlantiques, des gorgonocéphales, des sébastes, une colonie de framboises de mer; le mur est rouge, c’est hallucinant! Il y a énormément de nudibranches, les baleines viennent à côté du bateau, les petits pingouins et les aigles royaux sont là, c’est LE spot. Je ne devrais pas le dire, ils vont me voler ma place!» Dans ce coin de la Côte-Nord, il a vu les anémones rouges manger des lançons en direct, une seule fois sur mille plongées, une scène qu’il était fier de mettre dans son documentaire, car «ça déconstruit l’image que les animaux dans le Saint-Laurent sont des fleurs». Ce qui est minuscule le fascine aussi, comme la sépiole, cette mini-pieuvre grosse comme un raisin, qui change de couleur et que l’on retrouve dans le Saguenay.

Étoile sanguinolente sur éponge verruqueuse
Récif d’anémones plumeuses

Il continue d’explorer le minuscule en images avec «une fable animalière sur une flaque d’eau qui raconte sa vie, à Longueuil». C’est ainsi qu’il décrit le projet sur la rainette faux-grillon sur lequel il travaille et pour lequel il passe de nombreuses heures par jour dans un marais près du Saint-Laurent, là où on le traverse sur un pont et non en plusieurs heures de bateau. «Cette grenouille-là, je la trouve vraiment trippante, parce je trouve qu’elle est autant symbolique pour les parcelles de nature de Montréal que le béluga l’a été pour le Saint-Laurent.» Quand on lui demande s’il préfère le fleuve où la forêt, il dit que ça travaille ensemble, que ce qu’il aime, «c’est faire des images et les montrer aux gens. Faire des images sous-marines d’animaux du Saint-Laurent ou faire des images de rainettes faux-grillon, j’ai le même bonheur».

Et on le remercie de partager avec nous ce bonheur, cette nature, notre nature.

Soleil de mer pourpre

La Côte-Nord de Patrick R. Bourgeois en quelques points forts

Le Camping Loiselle à Longue-Pointe-de-Mingan et une excursion à l’île aux Perroquets pour voir les macareux moines («C’est malade! C’est loin, mais tu ne peux pas ne pas faire ça!»).

Aller voir les bélugas et le musée à Tadoussac «si tu veux juste mettre ton gros orteil sur la Côte-Nord». Les monts Groulx et le Symposium de peinture de Baie-Comeau, la Maison de la Chicoutai à Rivière-au-Tonnerre, la Microbrasserie St-Pancrace à Baie-Comeau («Ce qu’ils ont réussi à faire, c’est malade! Ça a tellement contribué à revitaliser le centre-ville de Baie-Comeau!»).

Les restaurants la Cache d’Amélie et la Vieille France à Baie-Comeau. Le village de Rivière-au-Tonnerre, «même pas besoin d’aller en mer, juste s’asseoir et regarder, c’est beau».

L’île d’Anticosti («Si t’as la chance d’aller là, c’est superbe!»). Pour une première plongée, il suggère plutôt Percé, en Gaspésie, car «tu peux plonger là en wet suit, l’eau est plus chaude que sur la Côte-Nord et plus claire. En plus, tu as la chance de plonger avec des phoques, ce n’est quand même pas plate!»

Pour suivre les projets de Patrick R. Bourgeois, on regarde sagecommeuneimagesite.com et quebecprofond.com.