Ô Bokal

Faire la différence

Dans la petite commune de Saint-Basile-le-Grand, une épicière surprenante souhaite changer la vision que les Montérégiens ont de leur consommation et de leurs voisins.

Ô Bokal

Valérie Sirois a ouvert sa boutique Ô Bokal en 2016 après avoir travaillé pendant plus de dix ans dans le domaine de l’alimentation. Dix ans au cours desquels elle a pris conscience qu’il fallait proposer une alternative à l’épicerie traditionnelle.

«J’étais vraiment mal à l’aise avec plusieurs choses. Je trouvais dommage que par manque de temps ou par facilité, les gens achetaient sans cesse des produits transformés dont ils ne regardaient pas le contenu. Je voyais le gaspillage énorme qui s’opérait dans les magasins, qui jetaient une quantité impressionnante d’aliments qui étaient encore bons. Et plus globalement, ça me révoltait de constater à quel point nous, les consommateurs, encouragions l’ultraconsommation. Assiettes monstrueuses dans les restaurants, achats inutiles de grandes quantités de denrées, séduction malsaine des promotions deux pour un… C’était épouvantable.»

Ouvrir une épicerie en région qui encourage la consommation responsable et s’intègre dans la mouvance zéro déchet, c’est courageux. «Je me souviens que lorsque j’ai sondé le terrain avant d’ouvrir Ô Bokal, les gens me regardaient comme si j’étais folle! Ça n’existait vraiment pas dans le coin, cette façon de faire, d’apporter des contenants réutilisables pour faire son épicerie et de n’acheter que ce dont on a besoin.»

Malgré tout, Valérie a tenu bon et a concrétisé son projet. Puis, jour après jour, elle a gagné de la clientèle et est parvenue à faire de son épicerie une destination. «La grande force d’Ô Bokal, c’est de toucher un large public. Parce que s’approvisionner dans une épicerie zéro déchet, ce n’est pas être automatiquement un granola! Mes visiteurs apprécient le fait d’avoir accès à des produits de qualité et frais en vrac, de n’acheter que ce qui leur est nécessaire et de faire du même coup des économies.»

La clientèle de l’épicerie est effectivement très bigarrée. On y croise des petites familles dont les enfants s’occupent avec des jeux de société pendant que leurs parents font leurs courses, des jeunes de la génération Y, ou encore des retraités. On ne se sent pas du tout fiché ou ostracisé au Ô Bokal. «Nous avons une très belle ambiance ici. Les gens s’y sentent comme chez eux. Ils se parlent, posent des questions à notre personnel. Et reviennent, ce qui est toujours bon signe.»


Épicier responsable

Valérie se bat contre les stéréotypes. Elle a constaté sur le terrain à quel point les produits des épiceries traditionnelles manquaient de rotation, étaient mal gérés sur les étals, sujets au suremballage et à l’information trompeuse. Un portrait peu reluisant qu’elle tente de faire oublier dans sa propre épicerie en mettant en place des normes de qualité assez strictes. Les aliments sont frais et pour la plupart biologiques, les pots qui les contiennent sont désinfectés régulièrement et fermés hermétiquement, et chacun d’entre eux dispose de sa propre pelle pour éviter tout risque de contamination. «Ces principes nous assurent la confiance des gens, c’est très important.»

L’épicière attache également beaucoup d’attention au choix de ses fournisseurs. «Je veux encourager les producteurs locaux qui acceptent de jouer le jeu. Il y a plein de produits que je n’ai pas pu accepter parce qu’ils étaient trop emballés, par exemple.» Cette logique d’approvisionnement est valable pour le miel fourni par l’apiculteur Jardins Abeilles de Varennes et les huiles de La Goutte d’or située à Farnham, comme pour le sirop d’érable provenant de l’érablière Normand Fontaine de Saint-Marc-sur-le-Richelieu et les linges de nettoyage réutilisables et compostables de la petite entreprise Kliin, à Belœil.

On ne trouve pas de tout au Ô Bokal, mais on sait que ce qui s’y trouve correspond à la mission que s’est donnée sa propriétaire. Valérie a d’ailleurs fait le choix assumé de ne pas disposer de beaucoup de produits rapidement périssables. On peut acheter sur place du lait, des œufs, mais aucun légume ou fruit. «Ce type de produits est difficile à gérer, alors j’ai préféré mettre en place, pendant la période estivale, des visites de producteurs dans ma boutique pour pallier ce manque. Éco Jardins Rive-Sud de Sainte-Julie vient ici vendre régulièrement ses productions de la semaine par exemple.»


Dynamiser le quartier

En ouvrant son commerce, Valérie voulait qu’il réussisse, bien sûr. Mais elle avait aussi à cœur de valoriser son quartier, un peu oublié des clients en raison de travaux majeurs et de grandes surfaces situées à proximité. «La montée Robert a besoin d’amour. Elle dispose de petites boutiques comme la mienne qui méritent d’être encouragées, comme la boulangerie Au bec sucré et la Boucherie Lapointe gourmande.»

Dans cette optique, Ô Bokal s’est diversifié. On y trouve maintenant un café-bistro – au mobilier récupéré, évidemment – qui propose un petit menu santé et fait maison qui compte des options végétariennes et véganes pour les personnes qui souffrent d’intolérances ou ont fait ce choix alimentaire. Valérie a également choisi d’encourager la relève locale, que ce soit en vendant des œuvres d’artistes du coin exposées sur ses murs, en organisant des conférences sur l’alimentation durable ou bien l’environnement, ou encore en présentant des spectacles de chansonniers et d’humoristes.

«Ma prochaine étape, c’est de mieux alimenter le site web et les réseaux sociaux d’Ô Bokal, pour amener notre offre en ligne et pousser encore plus loin notre mission.» Valérie est vraiment inarrêtable! Ou simplement passionnée. Gageons qu’elle fera la différence comme elle le désire tant.

Vous avez une idée incroyable? Desjardins, en partenariat avec des organismes partout au Québec, appuie des centaines d’initiatives locales comme Ô Bokal par les biais du programme Créavenir. Prenez part à l’aventure!