Des espaces pour partager la culture

La Coop Nitaskinan est une coopérative de solidarité autochtone réunissant des membres travailleurs et de soutien qualifiés, prêts à relever les défis qui s’offrent à eux tout en embrassant des valeurs qui leur sont chères. Rencontre avec Karine Awashish, cofondatrice et femme engagée, érudite et grande passionnée du partage d’idées. 

Karine Awashish a le vent dans les voiles, c’est le moins qu’on puisse dire. La jeune femme est originaire de la communauté atikamekw d’Opitciwan, en Mauricie. Il y a plusieurs années, encouragée par ses parents à poursuivre des études, elle quitte la communauté pour prendre le chemin de l’école. Son sentiment d’engagement pour sa communauté ayant toujours été très fort, elle étudie en gestion du tourisme puis en développement culturel, afin de participer activement au développement socioéconomique et culturel de son milieu. « Dans le cadre de ma maîtrise, j’ai suivi l’évolution d’une coopérative d’artisanat atikamekw, raconte-t-elle. C’est à ce moment-là que je suis tombée dans l’économie sociale autochtone. » Elle découvre alors un monde de possibilités et caresse l’idée de faire les choses selon ses valeurs, à sa manière.

La motivation de Karine est très grande. Elle multiplie les projets et les rencontres qui la mènent vers l’idée d’une coopérative. « Le développement culturel, c’est vraiment mon dada. Après ma maîtrise, j’étais travailleuse autonome. J’ai fait toute sorte d’affaires, j’ai travaillé dans des productions télé, des projets avec des jeunes… Pendant sept ans, j’ai été conseillère en promotion et développement en économie sociale pour les Premières Nations. » Elle commence en septembre prochain un doctorat en sociologie, en plus de mener de front de multiples projets. Elle est une véritable tornade d’idées.

Travaillons ensemble

Parmi celles-ci, il y a la coopérative Nitaskinan. C’est en 2015 que la jeune femme fonde la coop, en compagnie d’Eveline Ferland et de Sonia Dubé. Leur but est de développer des projets en toute liberté en mettant à profit leurs talents entrepreneuriaux et en valorisant les valeurs traditionnelles autochtones. « Derrière ça, il y a l’idée de pouvoir prendre en main notre vie professionnelle. De créer une entreprise qui nous rejoint par nos valeurs, mais aussi par nos intérêts. »

Ces valeurs, elles souhaitent les appliquer au travail au quotidien. « On veut revoir notre lien avec le travail. On n’est pas figés dans les paramètres. Nous, les membres de la coop, souhaitons pouvoir travailler sur des projets qui nous tiennent à cœur », explique-t-elle. À majorité autochtone, la coopérative compte actuellement trois membres travailleurs et sept membres de soutien.

 

Selon elle, les liens sont forts entre les valeurs de l’économie sociale et le modèle de coopération traditionnel autochtone. « Dans la vision autochtone de l’économie traditionnelle, ce n’était pas juste un échange économique. C’était aussi la réciprocité, l’interdépendance. La valeur de l’échange n’était pas basée sur “combien je vais faire d’argent avec toi”. Elle est dans l’échange qu’on a ensemble. On veut ramener toutes ces idées, mais les structures sociales ont changé. »

En travaillant main dans la main avec ses clients, la coopérative continue de faire vivre l’économie traditionnelle, en multipliant les échanges entre les milieux et en ouvrant des portes pour une meilleure compréhension de l’autre.

Un arc à multiples cordes

Nitaskinan signifie « notre territoire » en atikamekw. Mais l’incidence de la coopérative va bien au-delà des frontières territoriales. « On a des collaborateurs à Montréal, Québec, Wendake et on a des portes ouvertes à l’international. On crée notre espace, on occupe notre territoire d’une manière économique et sociale », précise l’entrepreneure. Elle ajoute que la coopérative travaille tant avec des clients autochtones que non autochtones.

La coopérative offre ses services dans quatre secteurs d’activité principaux : l’accompagnement et la gestion de projets ; la consultation culturelle ; la recherche et le développement ; les projets culturels. Leurs champs d’expertise ratissent large ! Par le passé, elle a œuvré tant dans le milieu des festivals et de l’éducation que de la gestion des matières résiduelles en communauté autochtone. « On évolue en fonction des besoins des gens, précise Karine. Si des organisateurs, des partenaires veulent créer des ponts, des liens avec les communautés, ils peuvent venir nous voir. S’ils veulent seulement une vision autochtone, intégrer des savoirs de nos cultures dans leur milieu, on peut intervenir. »

Également impliquée dans des projets de recherche depuis quelques années, Karine Awashish émet le souhait d’impliquer la coopérative dans ceux-ci. « On aimerait ça, développer davantage notre cellule de recherche, soit sur demande de clients ou de monter nos propres projets. On veut incuber des choses. On est un laboratoire assez ouvert. »

La culture mise de l’avant

Une réalisation phare de la coopérative Nitaskinan est sans contredit l’ouverture en février 2020 de l’espace culturel Onikam. En langue atikamekw, Onikam signifie « portage ». Situé au cœur de Shawinigan, en bordure de la rivière Saint-Maurice, son lieu même est riche en signification. « C’est l’endroit où nos ancêtres se reposaient avant d’entreprendre le portage de la rivière Saint-Maurice », raconte Karine. C’est un lieu de découverte des cultures autochtones et plus particulièrement de la Nation atikamekw. On y retrouve notamment une exposition de photos d’archives et des œuvres d’artistes atikamekw tels que Jacques Newashish ou Sonia Basile-Martel. L’espace culturel servira de lieu de rassemblement aux communautés autochtones et de bureaux à la coopérative Nitaskinan. Il proposera également des activités mensuelles gratuites pour tous visant à faire découvrir la culture atikamekw, une activité de perlage, notamment.

Par leur engagement auprès des communautés autochtones et leur volonté de créer des ponts entre les cultures, la coopérative Nitaskinan et l’espace culturel Onikan démontrent que le partage et l’ouverture à l’autre mènent à l’enrichissement mutuel.

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