Recette pour aller se perdre en hiver dans les rangs de Lanaudière

En partenariat avec COMMUNAUTO, Tour du Québec vous présente des itinéraires garnis de bons plans pour aller vous perdre dans les plus beaux rangs et les plus belles routes du Québec. Allons donc virer dans les petits chemins de Lanaudière, région chaleureuse même en hiver et qui pourrait bien vous jeter un sort.

Recette pour aller se perdre en hiver dans les rangs de Lanaudière

Lanaudière a toujours été pour moi un terrain de jeu de prédilection pour aller me perdre dans les rangs. Jeune, nous passions notre temps à visiter la famille à Joliette et mon père, lui-même grand dégustateur d’asphalte toujours enclin à faire un « tour d’auto », nous emmenait à chaque fois qu’il le pouvait en pèlerinage à Saint-Côme, où, à la boulangerie du village, nous achetions ce qui était ni plus ni moins que le Saint Graal de la brioche glacée.

Outre cet amour bien personnel garni de bons souvenirs, j’aime retourner rouler au hasard des petits chemins de la région où les bonnes surprises se multiplient. J’en avais quelques-unes de notées dans mon calepin et, comme toujours, j’ai reçu mille et un conseils de la part de mes sympathiques contacts numériques. Assez pour y passer un mois.

Pour cette promenade, mon premier objectif était de me rendre à Saint-Ligori pour visiter la Boucherie Morin & Fils qui a pignon sur rue sur le rang Montcalm. J’y suis arrivé en faisant un premier arrêt à Saint-Alexis pour garnir ma glacière de glace au marché Omni, pour ensuite me faufiler par la route de la Grande Ligne, continuité naturelle de la Rue principale, et enfin continuer vers l’est sur la route 346. J’avais bien fait car le sympathique boucher, Richer Morin, fier de proposer une viande sans hormones de croissance ou antibiotiques, a su me convaincre de mettre quelques saucisses et une sélection de coupes de bœuf au frais pour le souper.

C’est donc chargé de quelques kilos de plus que je me suis aventuré au hasard des chemins dans le canton de Kildare, par la montée du 5e rang, pour bifurquer par un coup de tête vers le nord sur le chemin Perreault Lépine. Je me suis retrouvé en pleine carte postale hivernale, dans les plaines, au pied des montagnes. En empruntant ensuite le chemin Lane puis le chemin Laliberté, j’ai pu aboutir sur la route 348 qui traverse Lanaudière d’est en ouest. J’allais faire une pause à Sainte-Marcelline-de-Kildare question de faire le point.

Chemin Lane | Saint-Ambroise-de-Kildare
Chemin Perreault Lépine | Saint-Amboise-de-Kildare

Si vous n’avez pas d’objection, ces paysages méritent bien quelques notes. Pour rouler par ici, un choix s’impose de lui-même. Au risque de dire une évidence, Lanaudière, c’est le berceau de la musique traditionnelle québécoise. D’ailleurs, la pratique de la chanson traditionnelle à Saint-Côme est inscrite au Registre du patrimoine culturel du Québec. Dans ce village de quelque 2 200 habitants, on compte sans doute le ratio musiciens/citoyens le plus élevé du pays. Une collègue à moi, Christiane Campagna de CIBL, a même déjà qualifié le vénérable groupe Hommage aux aînés de «Beatles de Saint-Côme». C’est du sérieux, alors on ne rigole pas.

Attachez donc vos tuques et vos bottines, pour le reste du voyage, on va rouler en mode podorythmie et cordes vocales. Question de mettre la table, je vous propose ce grand cru des Charbonniers de l’enfer, parfait pour rouler à 40km/h en regardant l’horizon.

Bon d’accord, j’aurais pu choisir une saveur plus locale que cette magnifique chanson de Daniel Lavoie chantée par les Charbonniers. Après tout, ce gentleman est natif de Dunrea au Manitoba et les plaines qu’il chante avec nostalgie se trouvent à quelque 2 500 kilomètres d’ici. Mais mais mais, attendez un peu là! Sachez qu’un bon ami à moi, Ludovic Bonnier, maître musicien et réalisateur, a son studio à quelques minutes d’ici, sur le chemin no.4 du rang Sainte-Julie à Notre-Dame-des-Prairies et que c’est là que cet album Nouvelles Fréquentations – comme bien d’autres grands crus du genre – a été cuisiné et mijoté.

Par ailleurs, sachez aussi qu’à part Michel Faubert, qui vient de Choisy en Montérégie, ces vaillants chauffeurs de poêle où crépite le feu éternel sont tous de vrais de vrais Matawiniens. Normand Miron habite Sainte-Béatrix, Jean-Claude Mirandette Sainte-Émélie-de-l’Énergie, André Marchand est de Joliette tandis que Michel Bordeleau est un fier ambassadeur de Saint-Côme. Voilà! Savourez donc sans vergogne ces fruits du terroir musical local en roulant lentement.

Bon, vous l’aurez compris, on pourrait presque se tailler un itinéraire en lisant les noms qui figurent sur les pochettes de disques conçus par ici. Pour ma part, en partant de Sainte-Marcelline-de-Kildare, je suis parti vers l’est par le très beau Rang du Pied de la Montagne pour m’enfoncer plus loin dans les petits chemins bien enneigés en direction du Lac-Rocher, question d’aller faire la connaissance de Ludovic Beauregard de la ferme des Arpents roses, qui se spécialise dans l’élevage de porcs de pâturage.

Je vous avertis tout de suite, il n’y a rien à visiter à la ferme en hiver, mais c’est le temps de vous intéresser à ce qu’ils font puisqu’ils viennent de lancer l’opération Réserve ton cochon! Simplement, vous achetez votre cochon à l’avance et ils l’élèvent pour vous. Vous pourrez le faire découper par le boucher de votre choix. Bon, cochon ou pas, la balade hivernale dans le secteur mérite le coup d’œil.

Dans le coin, on doit évidemment aller visiter la Ferme de la Vallée Verte, qui se trouve de l’autre côté de la rivière L’assomption. Pour s’y rendre, il faut retourner sur la 348 et remonter vers le nord par la route 131. On voit de plus en plus les produits laitiers de cette ferme dans les épiceries fines un peu partout au Québec, mais la beauté du Rang Guillaume Tell et la boutique ouverte à l’année où on peut acheter des produits frais du jour devraient vous convaincre d’aller y faire un tour. Le fromage en grains à la ciboulette est tout bonnement renversant. Il y a aussi dans le coin pas mal de bonnes raisons de flâner, notamment en allant regarder la vue du sommet de la Montagne Coupée – où l’auberge donne envie de s’arrêter ici quelques jours – et faire un détour vers l’Abbaye Val Notre-Dame.

Ferme Vallée Verte | Saint-Jean-de-Matha

Ferme Vallée Verte | Saint-Jean-de-Matha
Rang Guillaume Tell | Saint-Jean-de-Matha
Vue de la Montagne Coupée | Saint-Jean-de-Matha

C’est toutefois le Rang Saint Guillaume, un peu plus au nord, qui m’a servi un solide coup de foudre. On m’avait conseillé d’aller rouler par-là question de découvrir les produits des Canards Maurel-Coulombe. Or, comme bien des petits producteurs qui donnent dans l’élevage artisanal, leurs inventaires sont à sec jusqu’au printemps. Ils nous donnent rendez-vous au mois de mai pour la prochaine cuvée. On y reviendra. Qu’à cela ne tienne, ce paysage vallonné qui va de courbes douces en collines feutrées donne dans la haute voltige. J’ai fais trois fois le tour à 20 km/h. Un solide coup de cœur à mettre sans aucun doute dans le palmarès des plus beaux rangs du Québec.



Entre Sainte-Marcelline-de-Kildare et Saint-Jean-de-Matha avec quelques détours…

Parlant de campagne et de volailles, question de se passer un peu de musique, il faut que je vous parle du groupe Les poules à Colin, formé à Joliette il y a quelques années que je ne connaissais que vaguement avant de me lancer dans cette promenade. Ça tombe bien, car deux des membres du quintet, Marie et Colin Savoie-Levac, sont justement originaires de Saint-Jean-de-Matha. Celle qui porte les textes, Béatrix Méthé, fille de Claude Méthé – un ex Rêve du diable, entre autres – est quant à elle de… Sainte-Béatrix. J’ouvre ici une parenthèse car en fouillant un peu, j’ai découvert que la femme de Claude Méthé, Dana Whittle, qui forme avec lui le duo Zigue, pilote le projet Vizou Média et concocte un podcast intitulé Tradnation. Les trois premiers épisodes se consacrent justement à la carrière de son partenaire.

Les poules à Colin, donc. Une belle découverte pour ma part. Du sérieux. Et imaginez-vous donc que les deux derniers albums du groupe ont été enregistrés dans ce fameux studio du chemin 4 dont je vous parlais plus tôt… Quand je vous dis que par ici, les liens entre les musiciens sont aussi tissés serrés que les rangs entre les villages, j’espère que vous comprenez ce que je veux dire!

Allez, on les écoute pour continuer la route, direction Saint-Côme. Montez le volume, c’est pas mal bon.

Pour me rendre à Saint-Côme en partant de Saint-Jean-de-Matha, j’ai suivi le conseil d’un bon vieux contact qui a lui-même avalé pas mal de kilomètres sur pneu. C’est un routier expérimenté, quoi. Il s’agit donc de prendre la 337 en direction de Sainte-Béatrix et d’emprunter vers le nord le Chemin de la Rivière blanche vers Sainte-Émilie-de-l’Énergie. Je n’avais jamais pris cette petite route qui semble complètement à l’abri du monde et j’ai été soufflé. Le chemin louvoie avec l’étroite rivière sur laquelle se dressent des dizaines de ponts pour aller rejoindre les habitations sur l’autre rive. Évidemment, par ici, l’hiver impose le respect, alors allez-y doucement. On rejoint ainsi ainsi la 347 qu’il suffit de suivre sur quelques kilomètres pour arriver à Saint-Côme.

Chemin de la Rivière blanche | Saint-Jean-de-Matha
Chemin de la Rivière blanche | Saint-Jean-de-Matha

Itinéraire | Saint-Jean-de-Matha à Saint-Côme

Arrivé au village, j’ai cru un instant avoir fait fausse route pour me ramasser à Los Angeles. Ok, j’exagère, mais quand même. C’est que je suis débarqué en plein festival Saint-Côme en glace où, visiblement, ils étaient plusieurs à s’être donné rendez-vous pour venir admirer les sculptures glacées en tout genre qui décorent de part et d’autre la rue principale. Il y avait des voitures garées des deux côtés de la rue, de la station-service à l’entrée du village jusqu’à l’église. Toujours aussi beau ce village, et, oui, la boulangerie fondée en 1943 par Avila Lajeunesse est toujours là, reconstruite en 2014 à la suite d’un incendie. C’est son petit-fils, Alain Lajeunesse, qui en est désormais le propriétaire. Il n’y a pas que la musique qui est traditionnelle par ici.

On m’avait chaudement conseillé d’aller visiter la toute nouvelle microbrasserie TréCarré, fondée l’an dernier par quatre types de la région. J’ai pu saluer rapidement l’un d’entre eux, Pascal Fiset, occupé à transporter les verres de la plonge au bar. L’endroit est chaleureux et les pompes à bières sont installées dans un piano. J’ai mis dans mon sac quelques canettes à emporter. Je n’ai pas été déçu par la Kôlsch et la IPA que j’ai savourées plus tard en soirée pour l’apéro, avec ce fameux fromage en grains à la ciboulette dont je vous parlais plus tôt. En allant plus tard sur leur page Facebook, j’ai même pu constater qu’ils reçoivent parfois de la visite musicale, comme Michel Bordeleau et ses amis qui débarquent à l’improviste pour pousser quelques notes. Aucun doute, tout est relié dans ce coin de pays.


En tout cas, j’ai bien failli m’accrocher les pieds dans ce sympathique troquet qui, comme bien des microbrasseries à travers le Québec, donne du swing à la rue principale du village. Maudite boisson dirons certains! Mais bon, il y avait encore un peu de lumière en fin d’après-midi et comme j’étais bon pour encore quelques kilomètres, je suis retourné rouler en pensant au temps qui passe, bercé par la Mémoire Maudite de Michel Faubert. Un autre album sorti du studio du chemin 4. Pour aller où? On verra bien. À suivre.

Bonne route!

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