Maison Mère

Souffle d’innovation à Baie-Saint-Paul

Un ancien couvent est reconverti en terre d’accueil du développement durable. Le défi est grand, mais les choses bougent au centre-ville de Baie-Saint-Paul avec la Maison Mère.

Maison Mère

Retour en janvier 2017. Je suis sur le jury du Cabaret du Festif! de Baie-Saint-Paul, un sympathique concours musical de la relève. À mon arrivée, on m’indique que je passerai la nuit dans l’ancien couvent des Petites Franciscaines de Marie. Les dizaines de sœurs qui y habitaient encore viennent apparemment tout juste de déménager et les invités du Cabaret du Festif! agissent en quelque sorte à titre de cobayes pour tester l’hébergement des espaces laissés vacants. Clément Turgeon, fondateur du Festif!, nous fait un petit tour des lieux, les yeux grands lui aussi devant l’envergure et le potentiel du bâtiment. Impossible de ne pas se perdre dans cet endroit immense qui comprend 15 000 mètres carrés de locaux divers dans plusieurs ailes! Dans les chambres, il y a encore de vieux interphones, les chaises berçantes décorent toujours les grands salons et les halls sont peuplés d’articles religieux. On aurait pu passer des heures à naviguer dans cette bâtisse au cachet phénoménal, mais le temps nous manquait.

Juillet 2018. Je suis de retour à Baie-Saint-Paul, cette fois-ci pour le Festif!, festival musical annuel de grande envergure et grand frère du concours hivernal. Quel bonheur de retrouver l’ancien couvent pour y dormir quelques jours! Après un an et demi de comités stratégiques et de modernisation des lieux par l’Atelier Pierre Thibault, l’endroit est devenu la Maison Mère, un OBNL qui se veut un lieu innovant de développement durable misant sur la jeunesse et dont les retombées profitent à la collectivité. Le lieu bouillonne de nouvelles énergies tout en respectant l’histoire des lieux. Gabrielle LeBlanc, adjointe de direction, a discuté du passé, du présent et du futur de la Maison Mère avec nous cet été.

«Maison Mère, c’est un projet assez immense avec plein de facettes. C’est un projet socioéconomique, touristique, collectif. Il y a bien des choses qui se sont concrétisées ces deux dernières années, mais il y a aussi des idées en devenir. J’ai l’impression que ça ne ressemble pas à quoi que ce soit d’autre au Québec. C’est un gros bâtiment sur un grand terrain, mais au centre-ville. Les sœurs qui étaient là étaient des femmes extraordinaires, des innovatrices, des femmes dévouées aux autres, mais aussi très à l’avant-garde. Elles ont contribué de façon assez significative à la construction de barrages électriques au début du 20e siècle, par exemple, ce qui a permis à Baie-Saint-Paul d’avoir l’électricité bien avant d’autres villages au Québec. Les Petites Franciscaines de Marie ont fait énormément pour la communauté et Maison Mère est dans la continuité de leur œuvre et de leur désir de créer un impact positif dans la collectivité. Je pense que c’est ce qui donne toute la pertinence au projet.»


Un programme tentaculaire

Après l’acquisition de l’ensemble conventuel des Petites Franciscaines de Marie par la Ville de Baie-Saint-Paul en mai 2016, les comités de développement et de stratégie ont démarré la machine pour en arriver à ce grand projet de développement durable. «Le maire Jean Fortin a une belle vision pour sa ville, indique Gabrielle LeBlanc. Il disait: “C’est au cœur du centre-ville. Si on accepte que le bâtiment devienne n’importe quoi, on va perdre le contrôle sur l’esprit et l’essence du noyau urbain.” La ville avait renouvelé sa politique de développement durable, donc l’achat des lieux était aussi un geste pour préserver un joyau patrimonial. Au bout de six mois de discussions avec les experts qui avaient été mobilisés pour imaginer le projet, il y a une vision qui a été identifiée: faire de l’ancien complexe des Petites Franciscaines de Marie le cœur de l’innovation durable à Baie-Saint-Paul en misant sur la jeunesse. Il y a eu toute une réflexion autour des besoins de la région et des opportunités qu’offre le lieu.»

Six axes de développement ont été identifiés, auxquels devaient être attachés chacun des projets qui allaient s’implanter dans la bâtisse: agroalimentaire, arts et culture, développement durable, enseignement, entrepreneuriat et hébergement. Un an plus tard, on retrouve à la Maison Mère le Mousse Café, une coopérative de solidarité invitante et familiale, un espace de coworking lumineux, une auberge de jeunesse conviviale, des ateliers d’art actuel, la boîte de projets multimédia Lowik Média et la boulangerie artisanale À chacun son pain, entre autres.

Alors que la revitalisation par l’Atelier Pierre Thibault est toujours en cours – Gabrielle estime qu’il y a encore trois à cinq ans de travail –, l’idée est de rafraîchir l’endroit en gardant toujours en tête la préservation et l’histoire des lieux. «Sur le plan patrimonial, il y avait quelque chose à raconter. On a fait un parcours muséal qui est un fil doré sur le sol qui se promène dans le couvent et qui t’amène dans des zones immersives où tu peux être exposé aux objets du quotidien et connaître l’histoire de cette congrégation. On a aussi intégré un circuit appelé Le fil rouge. Ce sont huit panneaux disposés sur le terrain qui racontent l’histoire et les valeurs de la congrégation.»

Regard vers l’avenir

Pendant le plus récent Festif!, les lieux – pas seulement la bâtisse, mais le grand terrain adjacent – étaient occupés au maximum. «J’espère qu’on va voir se reproduire des choses comme ça, dit Gabrielle. C’était extrêmement satisfaisant pendant le Festif! parce qu’on accueillait la crowd qu’on veut avoir ici.» L’un des souhaits de Maison Mère est de devenir un centre névralgique pour des événements d’envergure puisque ses dizaines de salles, sa chapelle magnifique, son auditorium et son réfectoire ont un grand cachet et appellent à l’hospitalité. «À l’automne, nos lieux servent à l’événement Cuisine, cinéma et confidences. Il y a des projections dans la chapelle et la grande salle et on installe une librairie gourmande dans un corridor. On espère devenir un lieu qui permet à des événements d’amener quelque chose de singulier à leur programmation. Je pense que c’est bien parti et je suis certaine qu’il y en aura d’autres. J’aimerais ça l’hiver aussi parce que l’hiver ici, c’est blanc!»


Avec l’arrivée du Club Med Massif Charlevoix en 2020, qui devrait augmenter considérablement l’offre touristique dans la région, la Maison Mère pourrait aussi agir à titre de canalisateur pour les jeunes entrepreneurs charlevoisiens. «Il y aura certainement des occasions à saisir pour les entrepreneurs, croit Gabrielle. On s’est imaginé faire une série d’ateliers-conférences pour échanger sur les opportunités et qui aborderaient les thématiques liées à l’arrivée du Club Med, comme comment rester petit dans un tourisme de masse, par exemple.»

Entre autres possibles projets, la Maison Mère pourrait aussi accueillir des séminaires ou des écoles d’été avec l’Université Laval. L’axe «enseignement» prendrait alors tout son sens, ce qui maintiendrait la cohérence de la mission en six axes de la Maison Mère. «On veut être capable de rattacher chaque projet ou action, qu’il soit ponctuel ou permanent, à un des axes. Si on est capable de rattacher trois axes ensemble, ben là, on capote! La vision est pertinente et n’est pas complexe, donc on attire les bons collaborateurs. Il y a une cohésion dans le temps et dans le besoin criant des régions de s’actualiser, de se renouveler.»