L’Ange vagabond

Un ange à l’écoute

La route 329 traverse les Laurentides, reliant Sainte-Agathe-des-Monts à Morin-Heights. À mi-chemin entre les deux villages, on passe par Saint-Adolphe-d’Howard, terre de 3500 âmes. En roulant sur le chemin du Village, qui longe le joli lac Saint-Pierre, on croise L’Ange vagabond. Le chaleureux bistro culturel a ouvert ses portes en 2011.

L'Ange vagabond

Au-delà des soirées musicales hebdomadaires, concoctées avec beaucoup d’amour et de goût par la copropriétaire Michèle Méthot, l’endroit est aussi l’hôte de la ligue d’improvisation du village et accueille toutes sortes d’événements à saveur culturelle. «Si on regarde les premières années du bistro, c’est sûr qu’on a créé quelque chose dans le village de Saint-Adolphe, souligne avec fierté Michèle. Les gens ont une certaine appartenance et le lieu devient un peu comme le perron d’église où ils sont à l’aise de se rencontrer et d’échanger. Ne serait-ce que ça, pour nous, c’est une grande réussite.»

Michèle a été Montréalaise pendant longtemps et ne connaissait pas du tout les Laurentides avant de s’y établir. Lorsqu’elle raconte l’histoire de L’Ange vagabond, elle parle d’«un coup de tête et un coup de cœur». «Les grands-parents de mon conjoint étaient dans la région. Un matin comme ça, on regardait des chalets à louer. De là, on a regardé les offres commerciales et on est tombés sur l’endroit qui allait devenir L’Ange vagabond. C’était vraiment un hasard total. On ne cherchait pas du tout ça. On a acheté en 2011 et on a eu environ un an de travaux et d’installation. Auparavant, c’était une maison privée jusqu’en 2002. Après, il y a eu un café-bistro de 2003 à 2006. Ensuite est venu le Café des artistes qui était un restaurant. La propriétaire était artiste peintre et utilisait à l’occasion le deuxième étage pour des ateliers.»

L’arrivée de L’Ange vagabond dans le village de Saint-Adolphe-d’Howard a fait du bien aux résidents du coin puisque les amateurs de culture se sont approprié le lieu, qui leur rend bien en étant très propice aux initiatives de toutes sortes. «Les gens nous approchaient pour faire des carnets de voyage, du karaoké, des soirées de danse, dit Michèle. Après six ans, on peut vraiment dire que c’est un lieu très rassembleur pour le village. Il y a beaucoup d’amitiés qui se sont créées là. La culture a été mise de l’avant et ç’a fait en sorte que, par la suite, est né l’OBNL Art et Culture, par exemple. Tout ce beau monde-là s’est rencontré chez nous. Ç’a créé des liens et ç’a fait un effet boule de neige. On essaie de rester à l’écoute. Les gens veulent faire un Bal en blanc? On fait un Bal en blanc…»

Au départ, le défi – convaincre une toute petite population de venir voir des concerts intimes d’artistes plus ou moins connus du grand public – était plus gros que prévu. Mais en quelque sorte, Michèle, bien connue dans le milieu musical montréalais puisqu’elle a été longtemps copropriétaire du disquaire bien aimé Les Anges vagabonds, a transporté son amour de la musique à Saint-Adolphe-d’Howard et partage ses coups de cœur avec les gens du village.

«Au début, on avait une super programmation, mais il y a des gens qui me disaient: “C’est qui Mara Tremblay?” Je me disais: “Ouf, OK!” J’avais pas fait d’étude de marché et je me disais que ce serait tout le temps plein et que je ferais de la gestion de refus de billets. Ça n’a pas été ça du tout. Mais, petit à petit, le mot s’est passé que la qualité sonore était exceptionnelle à L’Ange vagabond et que le public était chaleureux et à l’écoute.»

Michèle a réussi à se forger un public fidèle à bout de bras, parfois en sollicitant les habitants un par un, mais elle reste humble par rapport à cette aventure: c’est encore difficile de remplir la cinquantaine de places disponibles dans la maison ancestrale. «On a une clientèle de base qui vient les yeux fermés, qui sait qu’on a des critères de qualité, qui connaît un peu mes goûts. Si ça ne coïncide pas avec leurs goûts à eux, je vais leur dire. On a du folk, mais on essaie aussi d’y aller avec du rock à la Grimskunk et Gros Mené pour varier un peu. Pour beaucoup de gens, ce sont des découvertes et il faut vraiment travailler fort pour vendre des billets. Bïa ou Zébulon, ça passe tout de suite, mais sinon, il faut ramer pas mal!»


Mais il suffit d’une visite pour comprendre à quel point c’est un lieu chaleureux et précieux, autant pour les artistes que pour les spectateurs. «Je leur dois une fière chandelle, on a vraiment un public de rêve. Les artistes aiment venir… et revenir! Alejandra Ribera revient pour une troisième fois cet automne. À sa première visite, elle venait tout juste de faire le Club Soda à Montréal. Les musiciens me disaient: “Sur une grande scène, tu rentres et tu fais ton truc, c’est une job, alors qu’ici, on est vraiment ensemble, collés l’un à l’autre, on se regarde.” Ça donne plus de permission et ça laisse place à l’improvisation, aux interactions avec le public. Il y a des artistes qui nous ont mis dans une case à part. Quand ils sont réinvités, ils veulent revenir.»