Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul

Sur les traces

C’est bien connu, Baie-Saint-Paul est une ville unique en son genre avec un centre-ville animé en toute saison et un quartier culturel dynamique qui n’a rien à envier à des municipalités de plus grande taille. Depuis 1982, des artistes de partout dans le monde s’y donnent rendez-vous pour le Symposium d’art contemporain. Regard sur un événement à portée internationale.

Symposium international d'art contemporain de Baie-Saint-Paul

La première fois que je suis allée au Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, on annonçait une tempête tropicale pour tout le Québec. Des vents violents et de la pluie remonteraient des États-Unis vers chez nous. Restez chez vous, qu’ils disaient. Pourtant, le soleil brillait doucement le matin même, je suis donc partie dans la vieille Echo de mon chum, un permis de conduire à peine utilisé et une covoitureuse sans permis. Aucune possibilité d’attendre au lendemain, c’était la dernière journée de résidence des 12 artistes présents pendant un mois à Baie-Saint-Paul.

Ça peut sembler un peu extrême de défier les éléments pour visiter un symposium, mais celui de Baie-Saint-Paul est majeur en art actuel au Québec et il était hors de question pour nous de le rater. La route pour l’aller a d’ailleurs été assez clémente. Je me rappelle notre entrée dans l’aréna municipal, nous étions incertaines d’être vraiment dans un lieu d’art contemporain, l’espace était complètement décomplexé par rapport aux galeries et aux différents centres d’artistes que j’avais déjà visités. J’ai découvert entre autres les artistes Isabelle Demers, Mario Doucet et Dominique Pétrin, dont je suis encore le travail à ce jour. J’ai en mémoire la présentation de Dominique Pétrin sur son projet, mais aussi de ses deux chihuahuas devenus les mascottes du Symposium.

Je n’ai pas parlé de ma balade en voiture ni des chiens de Dominique Pétrin avec Sylvie Lacerte, historienne de l’art et commissaire pour le Symposium, lors de notre entretien téléphonique. Sa description de l’événement correspond toutefois bien à mon expérience: «Le Symposium, dès sa fondation en 1982 par Françoise Labbé, avait l’idée de rendre l’art accessible au public en lui permettant ni plus ni moins de découvrir les secrets de la création. À travers les années, cette facette du Symposium n’a jamais changé, même s’il s’est renouvelé en augmentant les disciplines présentées et en accueillant de plus en plus d’artistes internationaux. Le public garde encore un accès direct aux artistes avec lesquels il peut échanger, en plus d’avoir accès à des guides médiateurs.»

Jean Brillant, Nomade, 2012. Acier et pierre des champs, dimensions variables. Photo. courtoisie de l’artiste

J’ai toujours été curieuse de ce que représente cette expérience pour un ou une artiste. Un mois complet, partagé avec 11 autres pairs et plongé dans l’environnement de Charlevoix. Je m’imagine qu’on se sent en vacances tout en étant complètement inspiré par les lieux. C’est un peu la description qu’en fait Sylvie Lacerte: «Quand on est dans un environnement comme celui de Baie-Saint-Paul ou de Charlevoix, ça ne peut pas faire autrement que de venir nous influencer. On ne peut pas rester insensible à la beauté du paysage, à la lumière. Peut-être que ça ne se verra pas dans leur travail, mais ça met les artistes dans un état qu’ils ne retrouveraient pas chez eux.» Stéfanie Requin, qui a récemment publié ADIEU, livre entamé lors de la 35e édition du Symposium, me parle de son expérience de façon poétique: «Les journées chaudes du mois d’août, le paysage, l’échange avec le public, la rencontre avec les artistes, les cabanes à patate, l’odeur de peinture fraîche à l’aréna, mes colocataires et notre maison de poupées bleu pastel… tout ça me fait sourire lorsque j’y repense, déjà avec nostalgie.»

J’ai aussi parlé de cette expérience avec Guillaume Adjutor Provost qui, avant de participer comme artiste, a été guide pour l’événement. Pour lui, les rencontres favorisées par ce mois de création ainsi que le rythme de travail qui s’impose ont été des aspects appréciables de l’événement. En tant que guide, il s’est aussi senti intégré dans la gang. Il y a un côté familial selon lui à cette expérience.

Peut-être que tous ces éléments font que le Symposium perdure et s’impose comme événement majeur? Selon lui, c’est d’abord grâce à la rigueur de la programmation. De plus, comme le disait Sylvie Lacerte, le fait d’être excentré est un attrait pour les artistes. Pour ce qui est du public présent, selon lui, comme Baie-Saint-Paul a déjà une bonne affluence touristique, c’est un atout primordial. D’ailleurs, même si cette fameuse première fois, dans la pluie battante et les vents violents, le retour à la maison avait été horriblement long, Sylvie Lacerte me rappelle que Baie-Saint-Paul n’est après tout qu’à une heure de Québec.

Michael Love, Bomb Casing, 2016. Impression jet d’encre, 150 x 64 cm. Photo. courtoisie de l’artiste
Michael Love, Gymnasium, Fort St. Louis, 2009. Impression jet d’encre, 101 x 127 cm. Photo. courtoisie de l’artiste

Depuis ma première expérience au Symposium, j’ai acquis pas mal de techniques de conduite. Je me promets d’aller cet été le visiter. En mai, l’organisation dévoilait la nouvelle cohorte d’artistes de l’édition 2018. Déjà l’enthousiasme de Mme Lacerte est contagieux lorsqu’elle parle de la thématique choisie pour cette édition: l’art et le politique. Inspirée par «tout ce qui se passe dans le monde, les États-Unis, les conflits partout à travers la planète, les migrations, les changements climatiques, le Brexit», Sylvie Lacerte a choisi d’aborder cette thématique. L’historienne de l’art constate que de plus en plus d’artistes sont influencés par la situation mondiale dans leur pratique et c’est le cas des 12 artistes choisis.

La présence de Gabrielle Lajoie-Bergeron pour une résidence de deux semaines est annoncée. L’artiste, qui vient de Charlevoix, parle avec passion de sa région et de ses gens. «Ils ont une couleur et une manière de vivre uniques. C’est plein de patenteux, plein de légendes, y a quelque chose de foisonnant, de beau et d’aride en même temps.» Sa présence au Symposium est donc une occasion de les mettre en lumière. Elle y travaillera sur une légende métisse de Charlevoix: la Noyée. Ma discussion avec Gabrielle me donne envie de découvrir sa région et ses habitants.

La période du Symposium sera une occasion en or pour cela. En plus de la présence des artistes, plusieurs événements sont organisés en lien avec ce rendez-vous annuel. Aussi, à Baie-Saint-Paul, les attraits touristiques sont nombreux, dont sa fameuse plage et ses chutes mentionnées par tous les artistes avec qui j’ai discuté.