Les Vagues

Le vent dans les vagues

En discutant avec son père de la situation économique précaire de Havre-Saint-Pierre, Jane-Anne Cormier a lancé que la planche à pagaie, sport qu’elle pratiquait depuis plusieurs années, devrait exister en Minganie. Un an plus tard, les premiers clients de la compagnie Les Vagues pagayaient entre les mammifères marins et les îles Mingan.

Les Vagues

Après 10 ans à Montréal, des études en danse contemporaine, des projets artistiques et un emploi en hôtellerie, ce n’était pas dans les plans de Jane-Anne Cormier de retourner dans son Havre-Saint-Pierre natal pour y lancer une entreprise. «Ça a vraiment été un coup de tête, mais un beau coup de tête le fun», explique celle qui avait envie de contribuer au développement économique de son village. Elle passe donc maintenant la saison estivale à Havre-Saint-Pierre et le reste de l’année à Montréal.

À son premier été, en 2017, ce sont surtout les Cayens – gentilé officiel de la municipalité en hommage à ses racines acadiennes – qui ont loué des planches pour essayer ce sport. Le soutien local a été incroyable dès le départ, aux dires de la fondatrice de l’entreprise, qui voyait certains clients revenir chaque semaine, en plus de croiser régulièrement des gens avec les vêtements à l’effigie des Vagues. Ces vêtements, elle a pris soin de les faire créer dans une imprimerie de son village, car le développement local et la collaboration entre les entreprises de la région sont essentiels pour la pagayeuse.

Dès la deuxième saison, deux employées se sont jointes à l’équipe et une présence importante sur les médias sociaux a attiré des touristes d’un peu partout au Québec. Jane-Anne pagaie dans l’archipel avec des amateurs de plein air de tous âges, dans une nouvelle excursion matinale guidée. Ses groupes ont l’avantage d’être tôt sur l’eau, avant les départs des classiques excursions en bateau dans l’archipel, et d’avoir un moyen de transport qui ne fait aucun bruit, alors c’est idéal pour l’observation de la faune. «On a vu des baleines et des phoques chaque fois. Les phoques chantent fort, il y a les petits marsouins qui sortent juste devant la planche, puis des rorquals. Près des îles, l’eau est cristalline, alors on voit le fond; on voit des crabes, des étoiles de mer, il y a de belles structures rocheuses à voir aussi. L’expérience est vraiment magique.»

Diversification des projets

Une autre expérience magique qu’elle a créée avec la collaboration d’une amie organisatrice d’événements, c’est L’Exode, une fin de semaine d’activités avec de la planche à pagaie, du yoga, de la méditation et du camping dans un archipel unique. Après une première édition à l’été 2018, deux autres sont prévues pour l’été 2019, en juillet sur la petite île au Marteau et en septembre sur l’île Quarry. «On est vraiment allé chercher une aventure dans laquelle les gens embarquent. Je pensais qu’il y aurait un intérêt, mais pas à ce point-là», explique Jane-Anne, qui a vu presque toutes les places pour L’Exode s’envoler durant la première journée de vente.


Parmi les autres projets en développement, il y a un cours qui allie yoga et planche à pagaie, et une autre activité qui est une forme d’entraînement sur la planche; cette dernière sera offerte par le frère de la fondatrice des Vagues, nouvellement associé dans l’entreprise. L’entrepreneure espère aussi acquérir un lieu fixe pour sa compagnie à Havre-Saint-Pierre, en complément de la roulotte sur la plage qui sert de point d’ancrage actuel. Ce lieu permettrait de créer plus d’activités et d’avoir une boutique plus grande, afin de poursuivre la mise en valeur des entreprises et des produits locaux.

Jane-Anne Cormier est consciente des opportunités qui s’offrent à elle en exploitant une entreprise dans le paysage mythique qu’est l’archipel des îles Mingan. Les Vagues a entre autres participé au tournage d’une publicité touristique majeure et à une émission américaine sur les meilleurs endroits où pagayer. Le hasard a peut-être soufflé en faveur du développement des Vagues, mais la vision et l’amour de la région de sa fondatrice y sont pour beaucoup. Elle espère créer des liens avec plusieurs entreprises locales afin de développer une offre attirante pour les visiteurs et des projets rassembleurs pour les gens de la région. «On gagne plus, tout le monde, à s’unir pour faire venir les gens en Minganie et les garder plus longtemps en leur proposant une offre de services plus complète qu’à se chicaner sur qui va avoir quoi!»

Expérience nord-côtière

Comment complète-t-on son voyage sur la Côte-Nord, après avoir planifié son expérience avec Les Vagues? «Déjà le roadtrip pour se rendre est magique. En soi, c’est le début de l’expérience», lance Jane-Anne sans hésiter. Elle suggère aussi de vivre le Saint-Laurent au maximum, avec les entreprises Mer et monde écotours aux Escoumins, Attitude nordique à Baie-Comeau, SurfShack à Sept-Îles et Noryak en Minganie. La station de recherche des îles Mingan à Longue-Pointe-de-Mingan vaut l’arrêt pour profiter des connaissances de leurs experts de la faune marine.

 

Les papilles aussi doivent apprécier le Saint-Laurent, avec une pizza aux fruits de mer, du saumon fumé au bois d’érable et pour dessert, de la crème glacée à la chicoutai, petit fruit de la région. La Côte-Nord, ça se vit dehors, même dans sa gastronomie. «Aller m’acheter un quartier de crabe et le manger sur la plage, pas de décorum, en mode relax avec un feu de camp, des produits frais, du saumon fumé et une petite bière, c’est le fun de même!»

Avec tous ces projets et ces possibilités, est-ce que Jane-Anne Cormier songe à s’installer à Havre-Saint-Pierre à l’année? Non, car elle aime Montréal pour sa créativité et pour voir ce qui se fait ailleurs. Elle apprécie ses étés dans sa région natale pour son calme et son mode de vie relax. «Je n’avais pas vu mon village de la façon que je le vois maintenant. Le fait d’être partie et de revenir avec ce projet-là, ça me fait vraiment découvrir les choses d’une autre façon que ce que j’avais vécu la première fois quand j’ai grandi ici.» La balance entre les deux endroits est nécessaire et nourrit ses projets qui ont lieu dans la métropole et ceux qui se font en Minganie. L’équilibre, Jane-Anne Cormier l’a trouvé sur sa planche, mais semble aussi l’avoir trouvé dans son mode de vie, entre l’île entourée de ponts et celles entourées de baleines.